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Macbeth, au Théâtre du Nouveau Monde

Shakespear à la sauce québécoise – et sur deux roues

Macbeth
Crédit photo : Yves Renaud

Par : Luc Lecavalier

Robert Lepage revient chez lui avec sa nouvelle adaptation de Macbeth, pièce mythique de Shakespeare, qui a connu un franc succès lors du festival de Stratford 2025, en Ontario. Dans cette plus récente adaptation, présentée au Théâtre du Nouveau Monde, l’Écosse du 16e siècle fait place au Québec des années 70, ou Macbeth tente de gravir les échelons pour devenir le chef d’un puissant groupe criminel de motards.

Avec Michel Garneau qui assure la traduction québécoise, la pièce impose rapidement le style de la mise en scène de Robert Lepage et ce, dès la première scène d’introduction : Deux motards plongent l’une de leur victime à l’eau, pierre au pied. Du haut des plafonds du TNM, celle-ci descend jusque sur scène, comme sa descente au fond de l’eau. Une image qui démontre bien la qualité des effets spéciaux, point fort de cette présentation.

Crédit photo : Yves Renaud

Macbeth donc (joué par Alexandre Goyette) se voit prédire par trois sorcières, représentées sous forme de junkies, qu’il succèdera à Duncan (Richard Fréchette), actuel chef du gang. Convaincu de sa destinée, Macbeth est sous le choc lorsque Duncan choisi son fils Malcom (Guillaume Laurin) pour lui succéder, ce dernier étant pourtant l’un des plus respectables et moins violent de la bande.

Le danger de l’ambition

Sous l’influence de Lady Macbeth (Violette Chauveau), le brutal mais fidèle Macbeth n’osera reculer devant rien pour en arriver à ses fins. Macbeth tue Duncan pendant son sommeil, un acte lâche et désespéré, auquel il ne s’identifie pas. Sa femme, complice, se sent également envahie par un sentiment de culpabilité dont le couple est incapable de se défaire.

Un sentiment de culpabilité qui prend une autre ampleur lorsque Macbeth doit aussi se débarrasser de son meilleur ami Banquo (Reda Guerinik) , qui a assisté à la prédictions des « sorcières » et qui, inévitablement, soupçonne Macbeth quand au meurtre de Duncan. La culpabilité fait bientôt place à la folie, tandis que le public voit le personnage principal courir à sa perte…

Crédit photo : Yves Renaud

Une présentation imparfaite, mais audacieuse

La combinaison Lepage-Garneau donne des résultats très satisfaisant; assez pour dire que cet étonnant et audacieux rapprochement entre l’histoire de Shakespeare et les gangs motards du Québec des années 70 est une réussite. Grâce à des décors spectaculaires, une mise en scène hollywoodienne et des effets spéciaux ingénieux, Robert Lepage fait honneur à sa réputation et plus encore.

En revanche, les longs et intenses monologues, auxquels la plupart des personnages ont droit, prennent rapidement leur lourdeur. On voit bien cet excès de sens  caractéristique des œuvres de Shakespeare ce qui, à ce niveau, se veut une très bonne adaptation. Les acteurs sont très crédibles en motards mais la poésie du 16e siècle que l’on tente d’intégrer nuit à cette crédibilité. Comme si les acteurs jouaient dans deux époques à la fois – ce qui est peut-être l’intention, ceci étant dit.

Crédit photo : Yves Renaud

À voir, du 20 janvier au 1er mars.