Un Hamlet coloré et efficace

Par : Luc Lecavalier
Après Macbeth au Théâtre du Nouveau Monde, c’était au tour de l’Usine C de présenter, jeudi dernier, l’adaptation d’un grand classique Shakespearien : Hamlet, récit de trahison et de pouvoir au Danemark du 16e siècle, qui fait honneur à l’héritage du dramaturge anglais grâce une mise en scène sobre et réussie.
Angela Konrad, directrice générale et artistique du théâtre, assure l’adaptation et la mise en scène tandis que Céline Bonnier est choisie pour interpréter l’exigeant rôle d’Hamlet. Un choix judicieux, elle qui incarne à merveille cette version moderne et déchainée d’un fils de roi en deuil.
Tragédie, puis trahison, puis à nouveau tragédie
En effet, le père d’Hamlet est décédé de façon nébuleuse et inattendue, mordu par un serpent venimeux alors qu’il se promenait dans les champs. Le fils veuf n’a pas le temps de pleurer ses larmes que Gertrude (Marie-Thérèse Fournier), sa mère et reine du Royaume du Danemark, se remarie avec le frère du roi, Claudius (Kevin McCoy), lui qui convoite le trône et Gertrude depuis longtemps.

Bouleversé de tout bord tout côté, Hamlet erre dans le chaos de ses émotions et s’isole, ce qui pousse ses proches à le croire fou. Jusqu’au jour où, pendant un rêve, son père lui apparaît pour lui dévoiler que sa mort est en fait un complot mené par son oncle, véritable auteur de l’empoisonnement.
Mais le personnage principal ne sait comment dévoiler cette vérité sans le rendre plus fou aux yeux des membres de la cour. Voyant quelque chose se tramer, le roi ainsi que le haut conseiller Polonius (Jean Marchand), dont la fille Ophélie (Marie Line Mwabi Bouthillette) est amoureuse et amante d’Hamlet, tentent de l’espionner pour connaître ses plans.
Une pièce de qualité, sans l’ombre d’un doute
Sauf qu’Hamlet n’est pas dupe et celui-ci ne fait bientôt plus confiance à personne. La folie prend alors véritablement le dessus sur ses actions qui, après qu’il eut dévoilé la vérité, deviennent lourdes de conséquences pour tous, lui le premier.

Le visuel de la pièce incarne à merveille cette descente en enfer. Si la scène est claire, propre et lumineuse au début, le désordre l’envahi lentement (des décors tombent, d’autres déplacés, de la terre est projetée sur la scène, les acteurs de moins en moins bien coiffés et habillés).
Difficile de mesurer l’intensité requise pour un personnage comme Hamlet, mais Céline Bonnier offre une excellente interprétation. Le jeu d’acteur est dans l’ensemble très réussi : Jean Marchand et Marie-Thérèse Fournier font l’étalage de leur talent et de leur expérience, eux qui mélangent humour, sérieux et mélancholie. D’origine américaine, Kevin McCoy alternent entre anglais et français anglophonne, une délicate attention qui a pour effet d’alléger la pièce.

Stylé, ce Hamlet!
On assiste à une adaptation particulièrement esthétique : le style vestimentaire des acteurs rappelait presque les défilés de la Fashion Week à Paris! Un look branché qui s’allie surprenamment bien avec la pièce et aide à placer l’histoire à notre époque. De voir un Laërte aux vêtements surdimensionnés (interprété par Maxime Robin, de loin l’acteur le plus grand sur scène) a tôt fait de nous mettre dans l’ambiance. Sans oublier la musique, variée a souhait (Système of a Down, Nina Simone, Beth Hart, entre autres).

Enfin, cette pièce montre bien pourquoi les œuvres de Shakespeare sont intemporelles. Si les caractéristiques physiques sont représentatives de notre époque, les dialogues et les émotions qui s’en émanent sont autant poignants et saisissants chez le public, quatre siècles plus tard.
La pièce est présentée jusqu’au 21 février, avant d’être présentée au Trident à partir du 4 mars.


