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Emanuel Ax joue Beethoven à l’OSM

Deux chefs d’œuvre à l’honneur pour ouvrir 2026

Emanuel Ax à l'OSM
Crédit : OSM

Par : Luc Lecavalier

C’était soir de rentrée pour les musiciens de l’OSM, mercredi dernier. Pour ce premier concert de l’année, Emanuel Ax, grand pianiste américain d’origine polonaise, connu pour ses interprétations des plus grands compositeurs, était l’invité d’honneur. Celui-ci y interprète le Concerto pour piano n.3 en do mineur, op. 37, de Beethoven, précédé par Invitations de Isabella Gellis et suivi de la Symphonie n.5 en si bémol majeur, op. 100, de Serguei Prokofiev.

Avant les compositions forte en rebondissements de Beethoven et Prokofiev, c’est donc Invitations, première pièce d’un triptyque (œuvre divisée en trois parties formant un tout cohérent) et créée par la compositrice canado-britannique Isabella Gellis qui lance le bal. Celle qui est encensée pour son exploration des instruments et des univers sonores livre un morceau doux, dépourvu d’une mélodie centrale, et ou l’expérimentation des sonorités est mise de l’avant.

Rafel Payare dirige l'OSM
Crédit : OSM

Plus que de la musique, on sent une image se dégager de cette première partie, une expérience différente qui n’est pas du tout désagréable. De par image on entend, par exemple, le bruit de la pluie, imité avec brio par le grattement des cordes de violon. Une introduction sans coups d’éclat qui fait tout de même une démonstration claire du style de Gellis.

Lettre d’amour de Ax à Beethoven

Quand on s’apprête à écouter une composition de Beethoven au piano, on ne se demande pas si on vas aimé ou non mais plutôt à quel point on vas aimé! C’est que les compositions du mythique compositeur allemand ont une telle efficacité auprès des amateurs de musique classique comme pour le public moins interpellé.

Après les premières minutes d’introduction récitées par l’orchestre seul, le piano fait son entrée avec des notes rapides. Fidèle au style de Beethoven, on sent beaucoup de fougue, de courage et d’intensité. Se dégage de cette pièce une sorte de chaos, car le piano semble être indépendant du rythme de l’orchestre; l’OSM qui nous décrit d’ailleurs ce concerto comme un « affrontement entre l’orchestre et le solliste ». Les deux s’alterne alors que l’orchestre et le piano joue rarement en même temps. Comme pour laisser le public apprécier le son seul de l’un comme de l’autre.

Emanuel Ax
Crédit : OSM

La chimie est bien présente et les émotions qui se dégage de cette pièce sont variées : on se sent envahi et heureux par les premières notes, qui laisse ensuite place à de la tristesse et de la mélancholie. L’ engagement et la passion d’Emanuel Ax est contagieux, lui qui semble déchaîné même lorsqu’il ne joue pas. Celui-ci peut d’ailleurs démontrer toute l’étendue de ses habiletés avec un long solo, juste avant le rondo final.

Une deuxième partie qui brise les codes

Au moment de l’entracte, on se dit que le meilleur est passé. C’est mal connaître l’effet enivrant de la célèbre Symphonie n. 5 en si bémol majeur, op 100 de Sergei Prokofiev qui, surtout pour les deux premières parties Andante et Allegro marcato, émerveille le public. Raphael Payare et les musiciens choque par la justesse et la précision de cette interprétation. Ce morceau implique davantage l’ensemble de l’orchestre ainsi qu’un plus grand nombre d’instruments; un aspect qui permet d’apprécier davantage la qualité des artistes.

Rafael Payare avec sa baguette
Crédit : OSM

Les deux parties suivantes de la symphonie, Adagio et Allegro giocoso, nous ramène dans une ambiance plus détendue alors que le rythme ralenti peu à peu avant une spectaculaire finale, toujours bercé par les sonorités du compositeur russe. Une œuvre qui incarne l’époque à laquelle elle a été composée (Seconde guerre mondiale) et dont les 45 minutes de durée semble passer à la vitesse de l’éclair.