20 ans de The Greatest, Cat Power revient épurée de tout artifice pop

Par : Marin Agnoux
Quand on a appris le passage de Cat Power au Théâtre Beanfield, la question ne s’est pas posée : on devait aller voir ça. Vingt ans de The Greatest (2006), un anniversaire fêté dans une tournée agencée de soirées intimes – An Evening with Cat Power – et accompagné de la sortie d’un Redux de trois titres, simple, sans artifice, rien n’a vraiment changé.
Je me souviens encore ouvrir la boîte à gants dans la voiture de ma mère et prendre ce CD rose fuchsia pour le mettre dans le lecteur. Cette pochette mythique, qui n’avait rien à voir avec la musique qu’il y avait à l’intérieur, une chaîne en or où pendent des gants de boxe de la même couleur, cachait un murmure d’une douceur derrière le « bling-bling » des années 2000. Le projet, folk de nature, retrouve cette mélancolie américaine tout comme Neil Young lors de Harvest ou After the Gold Rush, d’une même voix intime et personnelle, que Cat Power n’a toujours partagée que très timidement.
Dans ses premiers mots sur scène, quelques secondes avant d’interpréter le titre éponyme – The Greatest –, Chan Marshall, de son vrai nom, essaie de nous partager quelques souvenirs en français de son album. Les mots ont du mal à venir, mais rien ne semble nous presser. On sort très vite de cette idée d’un concert des plus classiques, la soirée nous est réservée et Chan prendra tout le temps pour nous le montrer. On se balade entre discussions hasardeuses sur le projet – je ne pense pas avoir toujours tout compris – et la reprise complète de The Greatest sans en perdre une goutte.

Accompagnée de musiciens, tous au centre de la scène dans un rond d’à peine 3 mètres de diamètre, le groupe, recroquevillé au milieu des convives, joue simplement à la maison. Sur scène, les voix et les arrangements venant de la soul du sud des États-Unis que Cat Power était partie retrouver à l’époque de sa conception se transforment en une œuvre bien plus dépouillée, à la rencontre d’une intimité presque country – Could We.
Chan chante face à deux micros, un pour retransmettre sa voix et l’autre dont on ne comprendra la pratique que plus tard. Avec le temps, sa voix a changé – comme pour tous dans une vie – et ses éraillements finissaient alors par s’adoucir dans une chaleur plus grave qu’on n’a pas toujours côtoyée – Where Is My Love. C’est dans les premières notes de guitare de The Moon que Chan récupère son deuxième micro et nous interprète le titre d’une toute nouvelle manière.

Si l’on avait alors jamais vu Cat Power avant – ce qui n’était pas mon cas –, son micro autotuné, qu’elle utilise depuis 2012 en live comme un instrument d’harmonie et d’atmosphère, peut nous prendre au dépourvu et alors nous laisser quelque peu mitigés : est-ce malvenu ? Mal utilisé ? Absolument pas. Aux premiers abords, rien n’aurait pu nous faire attendre cette version réarrangée et pourtant, on y prend goût très agréablement.
Dans une époque où les Strokes viennent à peine de sortir un album que la critique adore et déteste pour son autotune, où Oklou cartonne parmi les nouveaux visages de la pop, aussi dû à son utilisation bien particulière de cet instrument, Cat Power apparaît dans ce décor de manière absolument habituelle. Ce choix artistique ne fera pas l’unanimité – ce débat ne prendra sûrement jamais fin, on aime ou on n’aime pas – et pourtant, dans cette nouvelle interprétation de The Greatest, Chan nous montre une nouvelle image toujours plus personnelle qui semble donner place à un dévoilement enfoui depuis quelques années.
En finissant avec Love and Communication, qu’elle dira être une « composition des plus basiques », Cat Power nous montre de nouveau l’importance et la force de simplicité que The Greatest apporte à la musique populaire américaine encore aujourd’hui. C’est en réécoutant sur mon chemin du retour MJ Lenderman avec Manning Fireworks (2024), acclamé par le public et la critique à l’époque, que je retrouve cette authenticité et cette spontanéité folk et country réinventées, déjà doucement amenées sur la scène par Chan il y a 20 ans.


