un magazine web axé sur la culture d’ici

Wagner et la légende de l’Anneau!

Recueillant et grandiose!

OSM
Crédit photo : Gabriel Fournier

Par : Lynda Ouellet et Jean Lapierre

À la Maison symphonique, ce mercredi 27 mai, sous la direction du chef Rafael Payare avec l’Orchestre symphonique de Montréal, accompagné du pianiste renommé Yefim Bronfman, nous assistons à un concert en deux volets, un concerto pour piano et une oeuvre placée sous le signe d’une simple bague : l’Anneau.

Yefim Bronfman
Crédit photo : Gabriel Fournier

En première partie, le lyrisme exalté du Concerto pour piano en la mineur de Schumann est interprété par le pianiste Yefim Bronfman. Une volée de notes nous enivre alors que les hautbois et tout l’orchestre s’assemblent à l’unisson dans un échange puissant : du bonheur pur.

Il faut d’abord souligner la complicité évidente entre Rafael Payare et Yefim Bronfman. Celle-ci met la table pour l’élément central de ce concerto : la conversation entre le piano et l’orchestre. Cette complémentarité s’est ressentie tout au long de l’oeuvre.

Rafael Payare
Crédit photo : Gabriel Fournier

Yefim Bronfman joue avec une maîtrise remarquable de son instrument, sans effet de toge ni démonstration excessive. Au piano, tout semble d’une fluidité exceptionnelle, et l’on découvre toute l’étendue de son registre : les saccades du premier mouvement, la souplesse presque légère du second ainsi que l’énergie de la finale. Une très longue ovation, amplement méritée, lui a été offerte par une salle conquise.

L’Anneau de Nibelung, un cycle haletant!

L’entracte permet aux 109 musiciens de prendre place. On retrouve deux timbaliers, deux harpes, un trombone basse ainsi qu’une imposante section de cuivres pour nous présenter Le Ring sans paroles.

Détrompez-vous, ce concert n’est pas associé à la trilogie fantastique Le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien. Celui-ci a lui-même nié s’être inspiré de l’œuvre de Wagner, déclarant : « Les deux anneaux étaient ronds, et la ressemblance s’arrête là ». Toutefois, lorsque l’univers de Tolkien habite notre imaginaire depuis l’enfance, on observe, ce soir, plusieurs similarités : un anneau maléfique, une soif de domination mondiale liée à son pouvoir ainsi que la perte de son possesseur.

Pour ce concert, il s’agit de l’œuvre Le Ring sans paroles de Richard Wagner, une suite orchestrale composée à partir des thèmes musicaux les plus marquants de la tétralogie l’Anneau de Nibelung. Créée pendant une période du plus de vingt-six années, cette œuvre raconte la légende de l’Anneau du Nibelung. Pour notre capacité d’écoute, la version condensée est l’arrangement de Lorin Maazel (1987), d’une durée de 70 minutes. L’essence musicale de cette œuvre monumentale nous est ainsi offerte plutôt que l’intégrale qui dure près de quinze heures.

Il s’agit d’une œuvre grandiose et il faut souligner ici le travail de Ronald Vermeulen, délégué à la programmation de l’OSM, qui nous a présenté l’œuvre dans son contexte et nous a offert des références afin de mieux l’apprécier.

Tout d’abord, le récit est continu : il n’y a pas de pause entre les mouvements. Nous suivons l’histoire depuis L’Or du Rhin jusqu’au Crépuscule des dieux. Les surtitres nous permettent d’associer les thèmes, appelés leitmotivs, qui définissent les personnages, les objets, les idées, etc.

Maison symphonique
Crédit photo : Gabriel Fournier

En ouverture, Payare nous présente L’or du Rhin, avec des contrebasses qui accentuent graduellement la puissance. On saisit immédiatement la qualité, la souplesse et la force de l’orchestre. Les cuivres sont particulièrement sollicités dans L’entrée au Valhalla, ce paradis majestueux où tout semble grandiose.

Dans La Walkyrie, deuxième mouvement, nous assistons à la chevauchée de ces guerrières galopant dans le ciel pour ramener les héros morts. Tous reconnaissent ces airs immortalisés dans de nombreux films, notamment Apocalypse Now. Payare est totalement immergé dans la musique et entraîne l’orchestre, ainsi que le public, dans cette épopée. Les cors et les cuivres sont déchainés, et la puissance orchestrale sert pleinement le récit.

La Walkyrie
Crédit photo : Gabriel Fournier

Pour le mouvement Siegfried, on assiste à une évocation de l’héroïsme et de la liberté. Le cor solo est magnifiquement soutenu par les autres instruments et les cordes, qui créent tout l’environnement sonore.

Dans le dernier mouvement, Le crépuscule des dieux, nous entendons La marche funèbre de Siegfried, sombre et impressionnante. Enfin, lors de L’immolation finale de Brünnhilde, le Valhalla est détruit : c’est la fin des dieux. Dans ce thème bouleversant, l’orchestre transmet les émotions sans retenue, dans un crescendo qui nous laisse pantois à la dernière note.

Ce concert clôt la saison avec force et majesté. L’OSM est en pleine communion avec son chef Rafael Payare. Une démonstration éclatante de sa capacité à livrer avec maîtrise des œuvres de grandes ampleurs. Quel bonheur de savoir que le chef Payare demeurera avec nous encore cinq autres années.

Pour voir la programmation complète de la prochaine saison 2026-2027 de l’OSM, suivre ce lien.