L’art de l’expérimentation

Par : Bérénice Lemarié
Au Théâtre Beanfield, ce samedi 12 septembre, le public montréalais a rencontré, les yeux ébahis, l’icône rock des années 80 et 90 Kim Gordon. Sur scène, elle vient présenter son album Play Me, sorti en mars 2026 chez Matador Records.
Lorsqu’en 2019, Gordon lance son parcours en solo avec l’album No Home Records, le public pouvait déjà s’attendre une ambiance rock alternatif qui touche à tout. L’artiste n’a jamais cesser d’expérimenter, seule comme avec Sonic Youth ou Body/Head, et dans la musique, comme dans l’art visuel, la mode, ou l’écriture.
Samedi soir, Gordon a interprété ce qu’elle seule peut interpreter. Avec des titres comme No Hands, Play me, ou Girl With a Look, l’artiste laisse de côté le rock-alternatif pour un postpunk mêlant rap, drum and bass, et expérimental. Sa voix et ses mots se posent sur des sonorités inhabituelles, ce qui crée un ensemble étonnamment cohérent.

La prestation de Gordon paraît comme un panorama de sa carrière. Eclectique, elle joue d’un cynisme et d’une attitude cinglante sur la scène du théâtre. Dans cette atmosphère, l’ancienne co-créatrice de Sonic Youth fait preuve de son expérience. Sans grand effort de charme, elle convainc un public qui, peut-être, l’était déjà. Ce même public qui est composé de tous et toutes, des montréalaises et montréalais de tous les âges, de tous les genres. Kim Gordon, ce soir, a réuni.
Au travers de son art, Kim Gordon semble être en quête constante d’explorer les recoins de la musique. Dans un article paru en mars 2026 chez les Inrockuptibles, elle explique que les oeuvres musicales sont à redécouvrir en continu, que l’on peut toujours s’inspirer de ce qui à déjà été fait. Elle aime ce qui n’est pas lisse, et ce dans quoi elle peut puiser son inspiration. C’est sûrement ça qui inspire sa pratique et son goût de l’expérimentation. Toujours auprès des Inrockuptibles, Gordon dit se nourrir de l’actualité politique états-unienne, et utiliser sa musique pour poser des mots dessus. Ainsi, en fouillant le passé, elle choisi de parler de présent. Cette quête de réinvention, c’est ce que l’artiste retranscrit dans sa performance.

Au sein de la foule, on constate aisément son influence; on y voit des yeux admiratifs et enfantin. Le public s’immisce dans l’intensité de l’univers de Gordon, il ne demandait qu’à la rencontrer. C’est une foule supportive, ouvert à l’évolution et aux changements que proposent l’artiste, qui se laisse aller aux renouvellements et propositions de son art. Bien évidemment, un bon nombre semblent être porté par un sentiment de reconnaissance de ce que Gordon a apporté au monde de la musique.
Kim Gordon clotûre la soirée lors d’un rappel très désiré sur un morceau inédit Cigarettes, un morceau construit d’épaisses et longues nappes de guitares. Celle qui a été surnommé «the godmother of grunge» (La marraine du grunge) tant son art a influencé, perdure et continue d’explorer, heureusement, avec nous.
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