L’apogée du cycle Mahler : La démesure s’invite à l’OSM !

Par Lynda Ouellet et Jean Lapierre
Le thème de cette nouvelle saison 2026-2027 à la Maison symphonique s’intitule Démesuré. Et quelle belle démesure que celle choisie par le chef Rafael Payare pour atteindre l’apogée de son cycle Mahler ! Ce mercredi 16 septembre, nous entendons Das klagende Lied, une œuvre de jeunesse monumentale qui n’a pas été rejouée par l’OSM à Montréal depuis 1989.
Les solistes invités ont d’ailleurs été choisis à la hauteur de cette partition magistrale : Miah Persson (soprano), Rose Naggar-Tremblay (contralto), Clay Hilley (ténor) et Matthias Goerne (baryton). Pour ajouter au grandiose, le Chœur de l’OSM, dirigé par le chef de chœur Andrew Megill, complète la réunion qui s’annonce comme une soirée fascinante.
En première partie, nous découvrons des extraits de Des Knaben Wunderhorn (Le Cor merveilleux de l’enfant). Il s’agit d’un célèbre recueil de poèmes populaires allemands qui a profondément inspiré Gustav Mahler. Ce programme présente une succession de « lieder » (chansons) pour voix et orchestre, d’une durée de trois à sept minutes chacun, comprenant : Rheinlegendchen (Petite légende du Rhin), Wo die schönen Trompeten blasen (Où sonnent les belles trompettes), Das irdische Leben (La vie sur terre), Urlicht (Lumière originelle), Revelge (Appel d’éveil) et Der Tamboursg’sell (Le petit joueur de tambour).
Le grandiose baryton !

Matthias Goerne (baryton) a pris place et nous a interprété avec beaucoup d’émotion ces « lieder ». Ce sont des récits qui, sur une musique parfois légère, racontent des histoires assez sordides. Rafael Payare et l’orchestre illustrent les scènes. De plus, l’accord entre l’orchestre et le soliste est palpable. Ces « lieder » sont comme le fruit d’un laboratoire : on perçoit une évolution dans leur complexité et leur sonorité.
Après l’entracte, place à l’immense Das klagende Lied, dans sa version mixte en trois parties : Waldmärchen (Le conte de la forêt, version de 1880), Der Spielmann (Le ménestrel, version révisée) et Hochzeitsstück (Pièce pour le mariage, version révisée).
Nous retrouvons ici une autre trame narrative sinistre, celle d’une reine qui voulait épouser celui qui trouverait une petite fleur rouge dans la forêt noire. Deux frères, l’un gentil et blond, l’autre méchant et brun, partent à la recherche de la fleur. Le gentil trouve la fleur, la met à son chapeau et s’endort. Son frère le trouve, le tue et s’empare de la fleur. Fin du premier acte.
L’orchestre nous emmène dans toutes ces subtilités : le château où s’exprime le souhait de la reine, la forêt, parfois enjouée et parfois sinistre et, évidemment, le meurtre qui y est commis. Avec leurs voix chaudes et graves, Clay Hilley (ténor) et Matthias Goerne (baryton) nous racontent cette trame narrative avec intensité.

Le récit continue. Un ménestrel erre dans la forêt et trouve un petit os. Il en fait une flûte qui raconte des histoires. On comprendra qu’il s’agit de l’os du frère assassiné. Miah Persson (soprano) et Rose Naggar-Tremblay (contralto) sont très présentes dans cet acte. Leurs voix réunies se complètent à merveille. Le chœur, sous l’excellente direction d’Andrew Megill, contribue à l’histoire en y ajoutant de l’intensité.
La table est mise pour le dernier acte : les noces de la reine et du frère assassin. Nous comprendrons que la flûte dénoncera le meurtrier. Dans ce drame, les murs du château s’effondrent et tous ceux qui restaient sont morts.
Dix-huit musiciens dans la fosse !

Mahler voulait entendre deux orchestres : celui que nous avons vu toute la soirée et un autre qui serait à l’écart, comme lorsqu’on entend de la musique provenant d’une autre salle pendant qu’une action se déroule. Surprise : pour la première fois en dix-sept ans, on a utilisé la fosse, celle qui sert de caisse de résonance sous la scène. Dix-huit musiciens y sont installés et nous surprennent joyeusement.
C’est une prouesse. Premièrement, par le son, qui était grandement supérieur à celui que l’on aurait obtenu des coulisses. Et dix-huit musiciens, quand même : bois, cuivres, cordes et percussions… enchanteur ! La coordination presque à l’aveugle des deux orchestres ainsi que la maîtrise du chœur ont certainement permis à Rafael Payare de magnifier ce concert. Toutes les émotions, les états d’âme et la moralité sont pris à témoin : la légèreté, la mélancolie, l’amour, la mort, le tragique ou la spiritualité nous transportent. Rafael Payare entraîne les musiciens de l’OSM, le chœur et les solistes dans un monde rempli de vibrantes sensations.

L’OSM revient d’une tournée triomphale en Europe, a été mis en nomination dans quatre catégories à l’ADISQ et le nouvel album Daphnis et Chloé de Maurice Ravel et Le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky sortira le 30 octobre prochain. Et oui,! Payare et l’OSM subliment leur démesure.
Une série de billets et de forfaits sont offerts pour cette nouvelle saison. Tous y trouveront leur compte. Un spectacle réunissant plus de 200 personnes sur scène, dans une salle extraordinaire, pour moins de 50 $ ? C’est possible à la Maison symphonique avec l’OSM.


