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Mourir, pointé du doigt d’Alain Labonté

Une amitié forte qui survit à tout, même la mort!

Crédits photos : Julie Artacho et Flash-Sport. Winston McQuade pour le dessin.

Par : Sylvie Tardif

Le 23 septembre dernier, nous étions à la Librairie Gallimard pour le lancement du récit Mourir, pointé du doigt, d’Alain Labonté, publié aux Éditions Édito. L’écrivain revient sur son arrivée à Montréal en 1989, en pleine crise du VIH/sida. Entre l’émerveillement de la découverte d’une nouvelle ville et d’une nouvelle vie, des amitiés se forment; mais bientôt, il y a cette maladie qui rôde et qui frappe.

Crédit photo : Julie Artacho

Mourir, pointé du doigt, c’est avant tout une grande histoire d’amitié, une volonté de l’écrivain de mettre en lumière le destin tragique d’amis qui, se découvrant malades du VIH/sida, sont morts dans des conditions physiques éprouvantes et dans des conditions sociales épouvantables, bannis par leur propre famille, rejetés de tous comme des parias. Ce récit est un hommage; il fait œuvre de mémoire en redonnant une existence à ceux que l’écrivain a aimés et soutenus, mais que l’histoire veut oublier.

Photo extraite de la page Facebook d’Alain Labonté

Ce récit pourrait être d’une grande tristesse n’eût été la plume d’Alain Labonté, guidée vers la lumière que ces amitiés ont créée et qu’il porte en lui. La citation de Dylan Thomas placée en exergue, « L’obscurité est un lieu, la lumière est une route », offre une première clé de lecture du récit. L’auteur y raconte la beauté et la force de ses amitiés et la grande humanité de ceux qui étaient là pour soutenir les premiers malades et affronter les premiers deuils. En prologue, on peut lire : « Notre amitié, cher Stanley, ne nous a jamais quittés. Jusqu’au bout, même à genoux, nous aurons marché ensemble. » Voilà qui met la table.

Crédits photos : Julie Artacho et Flash-Sport. Winston McQuade pour le dessin.

Le récit est une lettre que l’écrivain écrit à cet ami, mort depuis quarante ans. De leur rencontre dans un bar de Montréal, en passant par les fêtes et de réels coups de foudre amicaux, s’annoncent bientôt la maladie, la peur et l’isolement. « Elle est bien là, parfois la mort : dans l’exclusion. » Malgré cette épreuve traumatisante, l’amitié entre les deux hommes reste intacte. Elle grandit. Alain apportera un soutien indéfectible à Stanley jusqu’à la fin. Leur histoire est bouleversante.

Photo extraite de la page Facebook d’Alain Labonté

Et puis, il y a le dernier tableau, au-delà de la mort, ces histoires d’un renard et d’une maman qui vous arrachent les larmes tellement c’est beau, profondément humain, absolument universel. Je ne vous en dis pas plus. Il faut lire ce récit d’Alain Labonté pour comprendre une époque, pour savoir ce qui s’est réellement passé, pour permettre aussi à Stanley et à ceux qui, comme lui, sont morts seuls, pauvres, pointés du doigt, de revivre dignement l’espace d’un moment de lecture. Après tout, ces hommes ne voulaient qu’aimer et être aimés, tout simplement. Ils étaient jeunes et ils auraient dû avoir la vie devant eux.

Photo extraite de la page Facebook d’Alain Labonté

Bientôt, je rencontrerai Alain Labonté, parolier, écrivain et communicateur, pour discuter de ses écrits, de ce qui l’habite. En attendant cette entrevue, je vous encourage à lire ses livres. En 2015, il publie Une âme et sa quincaillerie (réédité en 2023, Édito), ouvrage qui bouscule les idées reçues au sujet du traitement par électrochocs. En collaboration avec Simon Boulerice, il publie Moi aussi j’aime les hommes (Stanké, 2017) et entreprend ensuite une correspondance avec Pénélope McQuade dont naîtra Moi aussi j’aime les femmes (Stanké, 2019). Il est également l’auteur de Trois saisons et un puits de lumière (Édito, 2023).

Lire nos auteurs, c’est faire vivre la culture québécoise! N’hésitez jamais devant un livre québécois, qu’il s’agisse de l’acheter ou de l’emprunter en bibliothèque.