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Ah, ta yeule l’obscurité!

Quand le monde s’effondre…

Ah, ta yeule l’obscurité!
Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Par: Sylvie Tardif

Le 24 février dernier, nous avons assisté à la représentation de la pièce Ah, ta yeule l’obscurité! au Théâtre de 4’Sous. Ah, ta yeule l’obscurité! est une création du Théâtre à l’eau froide en collaboration avec le Théâtre de 4’Sous.

Cette pièce, You Stupid Darkness!, écrite par le dramaturge britannique Sam Steiner, a été finaliste aux Off-West-End Awards pour la Meilleure Nouvelle pièce en 2021. Traduite par Maxime Allen, dans une superbe mise en scène de Daniel D’amours, cette pièce nous laisse avec un sentiment d’oppression. Je n’ai pas vu le temps passé… parce qu’il n’en reste pas beaucoup non plus pour les personnages interprétés avec justesse par Zachary Auclair, Romy Bouchard, Jon Lachlan Stewart et Rosalie Leblanc.

Ah, ta yeule l’obscurité!
Crédit photo: FrédériqueMénard-Aubin

Ah, ta yeule l’obscurité! se déroule dans un centre d’appel pour personnes en détresse. Quatre personnages reçoivent les appels et écoutent la souffrance d’autrui en essayant de tenir le coup eux-mêmes. On comprend rapidement des bénévoles du centre d’appel que le monde est apocalyptique. « Les ponts viennent de tomber » explique John en arrivant, vêtu d’une combinaison grise protectrice et d’un masque à gaz. Au fur et à mesure de la pièce, l’obscurité amène son lot d’effondrement. La pièce dans laquelle se déroule l’action se disloque, la bouilloire éclate, la tuyauterie brise, bientôt, c’est une poutre qui tombe en ouvrant une brèche dans un mur. Et puis, c’est l’obscurité complète. On sort les bougies.

Ah, ta yeule l’obscurité!
Crédit photo: FrédériqueMénard-Aubin

Les spectateurs comprennent que le monde est en fin de vie, que les personnages n’ont rien devant eux et qu’il leur reste tout juste assez de joie pour donner un sens à la réalité en encourageant leurs interlocuteurs qui ne tiennent plus à la vie tant que ça. L’avenir est sombre et, comme l’exprime John, ils sentent qu’ils s’éteignent aussi peu à peu. Les comédiens sont excellents. Ils nous font ressentir avec subtilité l’expression d’une forme d’optimisme feint qui masquent leurs terreurs. Les spectateurs étaient très réactifs. Ça nous parle, une pièce comme celle-là. Le sentiment d’oppression était partagé. Le titre est expliqué à la toute fin. Il faut aller voir la pièce pour comprendre la référence. C’est joli.

Ah, ta yeule l’obscurité!
Crédit photo: FrédériqueMénard-Aubin

Cette obscurité est le dernier indice d’un monde en pleine destruction. Elle crie fort et qu’on aurait envie de lui dire de ralentir le rythme. Avons-nous compris, spectateurs, que nous sommes aussi déjà dans un monde qui se meurt? La pièce ne nous questionne pas, mais on ne peut s’empêcher d’y penser. Ah, ta yeule l’obscurité! nous rappelle la fragilité de notre monde, mais également de la vie humaine.

Il faut aller voir la pièce Ta yeule, l’obscurité! est présentée au Théâtre de 4’Sous jusqu’au 14 mars. N’hésitez pas à visiter le site web du théâtre pour vous procurer des billets.