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Après Mama et Frères, Nathalie Doummar présente Georges

Une histoire de famille

Par Marie-Christine Jeanty 

Avec Georges, présentée à La Licorne, Nathalie Doummar signe une pièce à la fois intimiste et savoureuse. Une histoire qui puise en partie dans ses propres racines, le personnage principal est inspiré de son père. C’est une histoire de famille d’ici, venue en partie d’ailleurs, que l’autrice nous raconte avec à la fois de la lucidité mais surtout beaucoup de tendresse. La tendresse est au cœur du spectacle. Elle se retrouve d’abord dans la relation entre les trois interprètes : Manuel Tadros, qui se partage les représentations avec Antoine Yared, et Neil Elias. Nathalie Doummar se joint également à eux pour incarner une variation d’elle-même, de l’enfance à l’âge adulte.

La tendresse est aussi celle d’une fille envers son père et, plus largement, celle de l’autrice envers sa communauté d’origine. Manuel Tadros campe un Georges attachant, parfois désarmant, dont l’amour pour ses enfants se manifeste moins dans les grands discours que dans les gestes du quotidien : des chaussettes achetées, quelques chocolats, de petits billets glissés aux enfants, même lorsqu’ils sont devenus adultes. Des gestes que nous sommes plusieurs à reconnaître chez nos aînés.

L’humour occupe évidemment une place importante. Et c’est sans doute l’un des aspects les plus justes de la pièce : dans bien des familles immigrantes, l’humour est aussi une façon de traverser les tensions, les incompréhensions et les changements de génération. Les différentes scènes nous font entrer dans l’univers des personnages et nous permettent de bien cerner leurs personnalités. On peut facilement se projeter dans ces situations, car si Georges met en scène une famille égyptienne, le propos demeure résolument universel.

Nous sommes au Québec, dans une maison de classe moyenne au mobilier qui évoque les années 1970 et 1980, avec son incontournable fauteuil de style La-Z-Boy. On est chez les Doummar, mais on pourrait tout aussi bien être chez les Tremblay ou les Moïse.

Le père porte en lui cette tension entre deux systèmes de valeurs. Par amour pour ses enfants, il accepte peu à peu de déconstruire certaines de ses certitudes, sans pour autant renier ce qu’il est ni d’où il vient. C’est là que la pièce trouve une partie de sa force : dans cette transformation tranquille, empreinte de tendresse et d’humour, qui ressemble à celle de nombreuses familles.

Certaines scènes, notamment autour des Noël, peuvent donner une légère impression de répétition. Mais le bémol reste mineur devant la singularité de l’écriture de Nathalie Doummar, qui sait conjuguer douceur, esprit et humour. Avec Georges, elle propose un portrait de famille qui nous ressemble. Une pièce qui nous rappelle que l’amour s’exprime souvent dans les petites choses et que les liens familiaux se transforment, sans nécessairement se rompre.

Rose-Anne Déry assure la mise en scène, elle qui a dirigé récemment Faire mal et Bénévolat également à La Licorne. La pièce Georges de Nathalie Doummar est présentée à La Licorne, jusqu’au 7 novembre.