Les doigts de fée d’un compositeur hors pair

Par : Marin Agnoux
Après de nombreux projets plutôt éclectiques lors des dernières années, Brad Mehldau ne cesse de chercher à renouveler son improvisation. Comme bon nombre de prédécesseurs avant lui, sans citer Bill Evans qui a introduit pour beaucoup un jeu décuplé d’influences, notamment classiques, et pourtant non comme les autres, Mehldau lui joue avec son instrument et les genres en transcendant ses inspirations entre musique populaire, classique et jazz. Ce soir, en dialogue avec le virtuose et pianiste Kirill Gerstein à la Salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal, Brad Mehldau défie de nouveau ses appuis et donne un sens nouveau à sa musique.
Les deux pianos s’embrassent sous la coupole, dos aux vitraux arborant la pièce de couleurs arc-en-ciel et d’une lumière joliment tamisée. Le jeu, d’une douceur de soie, les mains légères comme du coton, les mélodies s’enlacent et les harmonies s’amusent sensuellement, volant sous les hauts plafonds de la salle. Avec l’aide de Kirill, le maître de l’harmonie se rapproche de compositions contemporaines, en retravaillant certaines de ses pièces ou en improvisant à même la scène à partir de pièces classiques jouées auparavant par son partenaire.

Quelque peu après avoir joué Gabriel Fauré, Brad nous explique : « je joue du jazz par le biais d’une improvisation inspirée du blues et du swing bien sûr, mais surtout de tout le reste, ce que j’aime et m’influence. ». Connu pour ses pièces inspirées de Radiohead, des The Beatles ou encore récemment d’Elliott Smith,Brad Mehldau ne s’est jamais contraint à un style de réinterprétation classique jazz, mais à un jazz nouveau qui lui appartient et dont il est le seul maître d’idées.
Cette forme bien particulière du genre a su, à plusieurs moments, désintellectualiser une musique souvent compliquée et offrir une nouvelle accessibilité. Dans sa recomposition de pièces classiques et contemporaines auprès de Gerstein, la musique semble parfois plus complexe et perd de temps à autre les douces mélodies enivrantes de son jeu singulier. Cela dit, ce n’est pas forcément pour déplaire à tout le monde, Mehldau se renouvelle constamment et travaille à la recherche de différentes sonorités qui construiront son improvisation et son jeu. Si Mehldau s’amuse avec la musique, chaque projet saura trouver un public au plus grand bonheur de certains.


