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Centre Bell en mode Supercharged

Bad Religion, indomptable. The Offspring, inarrêtable!

Crédit photo : Florence Lachapelle / Mattv

Par : Bruno Miguel Fernandes

Il y a des soirs où l’histoire se referme comme une boucle. On résume souvent The Offspring comme l’un des groupes qui ont aidé à faire entrer le punk rock et le skate punk dans le monde radiophonique et mainstream. Et pourtant, hier soir, dans un Centre Bell à pleine capacité, la soirée a pris une tournure délicieusement inversée. Il fut un temps où The Offspring se pointaient en première partie de Bad Religion. Hier, les rôles s’étaient renversés, comme si la tournée SUPERCHARGED Worldwide in ‘26 Tour venait refermer la boucle.

Un American Jesus qui réveille la salle

Mené par Greg Graffin au chant, avec Brett Gurewitz à la guitare, Bad Religion ne s’est pas présenté comme une simple mise en bouche. C’était un nom qui m’avait longtemps frôlé. J’avais déjà entendu American Jesus et 21st Century (Digital Boy), sans que ceux-ci s’installent réellement dans mes playlists. Sur scène, la discussion changeait vite. Ici, chaque minute comptait, et ça se voyait.

La salle était pleine, mais respectueuse. Beaucoup de gens restaient assis pendant une bonne partie du set, comme si l’énergie était là, mais retenue. Les morceaux s’enchaînaient avec peu de temps mort, et à chaque fin de chanson, le public applaudissait fort, comme un avant-goût de l’énergie qui allait monter d’un cran plus tard dans la soirée. Un petit moshpit se maintenait au parterre. Puis, quand Sorrow et American Jesus débarquaient en fin de set, plusieurs se levaient et l’aréna chantait enfin à plein poumon. On n’avait pas seulement assisté à une entrée en matière. On avait eu droit à une leçon de métier.

Crédit photo : Florence Lachapelle / Mattv

Musicalement, Bad Religion surprenait par ses variations. Il y avait ce fond «bum ta bum» ta typique du drum punk, mais les constructions bougeaient et les rythmes respiraient. La voix, mélodieuse et presque narrative, portait le contenu engagé avec efficacité. Les guitares restaient dans l’essentiel, avec des solos rapides et précis. Une performance solide, sans flafla, qui répondait aux attentes et donnait même le goût de revisiter des pièces qu’on croyait déjà connaître.

Crédit photo : Florence Lachapelle / Mattv

Bienvenue au party

Avant l’arrivée de The Offspring, le Centre Bell basculait dans une mise en bouche fidèle à leur ADN. Un zeppelin drone flottait au-dessus de la foule, et la salle jouait le jeu : Cash cam, look alike, kiss cam, booty cam, jusqu’au fuck you cam. C’était un humour ado assumé, mais inoffensif, calibré pour garder l’aréna réveillé et complice. La suite s’annonçait festive, assumée, et volontairement pas trop sérieuse.

Puis The Offspring arrivait et déroulait un show taillé pour ce format. Au centre, Dexter Holland et Noodles portaient l’identité du groupe. Le premier, voix et visage de la formation, le second, guitare et sourire en coin, assuraient autant l’impact musical que la connexion avec la foule. L’énergie était immédiate, portée par une suite de refrains que tous connaissaient. Côté son, l’ensemble était solide, avec une nuance du côté de Dexter Holland. Sa voix m’avait semblé inégale. Parfois parfaitement intelligible, parfois plus difficile à saisir, au point où l’on se demandait si c’était une question de mix ou de puissance. Cela dit, la salle connaissait tellement les paroles que le public compensait souvent, transformant les passages moins clairs en chorales massives.

Quand tout s’alignait, Dexter Holland rappelait qu’il avait encore des cartes très fortes. Gone Away débutait au piano avec une clarté presque intime, puis basculait vers une finale plus punk. Ses vocalises à la Ozzy Osbourne sur Crazy Train tombaient justes et faisaient lever des sourires. Le drum était irréprochable, avec un bass drum sec et un thump net qui propulsait le set. Noodles était précis et efficace. Riffs serrés, solos propres, grosses tournures bien placées. La basse restait standard pour le genre, mais elle prenait sa place sur Self Esteem, où la ligne laissait respirer juste assez longtemps pour que tout le monde la fredonne avant la relance.

Crédit photo : Florence Lachapelle / Mattv

Tout le monde est sorti pour jouer

Comme petit bonus, le groupe se permettait quelques clins d’œil metal et hard rock. Un riff de Raining Blood de Slayer surgissait, puis un détour par Paranoid de Black Sabbath et Crazy Train tombait avec une précision, sans casser le rythme. Ces moments, courts mais savoureux, rappelaient que derrière l’image de party permanent, il y avait un band amoureux de la musique qui savait jouer, et qui aimait le montrer juste assez.

Visuellement, la scénographie jouait la carte du cartoon d’aréna. Deux gros squelettes gonflables dominaient la scène. Il y avait des salves de confettis. Puis ces bonhommes gonflables à bras mous, difficiles à décrire sans sourire, ajoutaient une touche absurde parfaitement alignée avec l’esprit The Offspring. Le clin d’œil à Pretty Fly (for a White Guy) prenait forme quand quelques white guys tirés de la foule, déguisés pour l’occasion, montaient sur scène pour se prêter au jeu et enchaîner leurs stepettes. Le tout tombait comme une signature, assumée.

Crédit photo : Florence Lachapelle / Mattv

Un peu de Self Esteem pour une foule complète

L’interaction avec le public était concentrée au mi-chemin du setlist. Dexter Holland et Noodles prenaient un moment de plaisanteries au milieu du spectacle. Complicité visible, quelques niaiseries, une blague sur un record de personnes présentes à Montréal, perdu puis regagné à cause de départs et d’arrivées, et surtout une manière de crinquer la salle. Montréal répondait comme Montréal savait le faire. Deux vagues de “Oé Oé Oé” traversaient l’aréna, et The Offspring reprenait l’air à sa façon, en version punk. Avant le rappel, un drapeau du Québec couvrait une grande portion du parterre. Dans ce contexte, l’enchaînement final, You’re gonna go far, kid suivi de Self Esteem, faisait l’effet d’un grand coup de circuit, accompagné de son lot de confetti.

Dans un cadre d’aréna aussi structuré, l’énergie punk prenait une forme différente, plus encadrée, mais bien réelle. Le parterre bougeait et sautait à chaque chanson. Et l’ensemble reposait sur une évidence simple. The Offspring savait livrer un show, une soirée où le fun n’empêchait pas la précision, et où l’on ressortait avec l’impression d’avoir touché à un bout d’histoire, sans que ça sonne comme un musée.