Les français préférés des rappeurs américains

Par : Martin Postel-Vinay
Deux ans après leur passage au Festival International de Jazz, Alain Mion et son mythique groupe de jazz/funk Cortex sont de retour à Montréal. Malgré qu’ils soient passés inaperçus dans les années 1970, le groupe fondé par Alain Mion a connu un succès mondial auprès des jeunes générations grâce aux différents rappeurs et producteurs qui ont samplé et réutilisé ses morceaux dans les années 2000-2010, comme MF DOOM, Damso ou encore le Wu-Tang Clan. C’est donc dans un Olympia rempli de chaises que l’on se prépare à admirer cette légende qui, sans le vouloir, a énormément influencé le hip-hop d’aujourd’hui.

Alain se présente, prend le micro et introduit son groupe et lui-même sur un ton amical et décontracté. Il incarne parfaitement son personnage de « vieux tonton funky », notamment par ses blagues moqueuses, mais on comprend rapidement qu’il est au-delà du second degré.

« J’ai 80 balais, des fois j’suis obligé de me répéter. »
Le temps se faire parfois entendre, autant dans ses prises de parole que dans sa manière de chanter, un peu moins dynamique et précise qu’autrefois. Mais dès qu’il pose ses doigts sur son Rhodes, il reste un virtuose qui ne cesse de nous impressionner par son groove et sa capacité d’improvisation magistrale.

« I Heard a Sigh », « La Rue », « Chanson d’un jour d’hiver » : il va jouer ses morceaux les plus classiques, accompagné de quatre artistes extrêmement talentueux. Le batteur Victor Dubois, les chanteuses Virginie Hombel et Sandy Malonga, dont les voix font honneur à celle de Mireille Dalbray, chanteuse sur l’album Troupeau Bleu, et le bassiste et grand ami d’Alain, Mohamed Ouaraz. Ils vont d’ailleurs interpréter ensemble « Une histoire d’ami », une composition inédite écrite en l’honneur de leur relation à tous les deux.

Pour ce qui est du public, il se montrera légèrement mou, beaucoup moins emballé que celui d’il y a deux ans, qui chantait, dansait et criait à chaque morceau. À cause du prix des billets, à 80 $, qui a empêché une grande partie des fans, majoritairement jeunes, de venir au spectacle? À cause des places assises qui empêchent de danser? À cause des interventions balourdes d’Alain qui ont pu refroidir quelques personnes? Difficile de savoir, mais ça laissait le groupe dans une position délicate. Heureusement, quelques joyeux lurons ont décidés de se lever de leurs chaises et de se regrouper entre les tribunes et le bar pour danser et chanter ensemble. C’est ainsi que la musique de Cortex mérite d’être vécue!

Comme il y a deux ans, il va conclure son concert par un morceau en hommage à sa femme, décédée il y a quelques années, qu’il avait écrit lorsqu’ils étaient ensemble à la fin des années 70, « Sans toi ». Ce morceau extrêmement touchant était une déclaration d’amour imaginant sa vie sans elle, avec un brin de pessimisme. Il l’interprète seul, avec son piano et sa voix, les larmes aux yeux et la voix tremblante. Un moment poignant qui ne laissera personne indifférent.

Cortex a su faire honneur à sa discographie en invitant de jeunes musiciens qui défendent parfaitement sa vision, et Alain Mion continue d’être ce personnage si touchant et chaleureux qu’il a toujours été.

Merci Alain. On te souhaite un beau voyage en Amérique pour ta tournée, on espère qu’ils vont t’accueillir à la hauteur de ton talent et de ta personne. Hâte de te revoir dans notre ville!

















