un magazine web axé sur la culture d’ici

Electric Callboy à la Place Bell : le métal en mode party

Entre perruques, néons et breakdowns festifs

Par : Bruno Miguel Fernandes

Le passage d’Electric Callboy et de Polaris à la Place Bell dans le cadre de la tournée TANZNEID aura finalement commencé avec un détour inattendu par les séries éliminatoires de la Victoire de Montréal.

Initialement prévu le 14 mai, le spectacle a été repoussé au lendemain, venant casser l’élan d’une soirée attendue depuis longtemps.

On pouvait se demander si ce changement allait affecter le nombre de personnes présentes ou le hype général. Sur papier, l’inquiétude se tenait, surtout pour une soirée qui allait autant reposer sur le chaos collectif et cette impression de party métal assumé.

Parmi les noms de l’affiche, Polaris suscitait probablement l’attente la plus particulière dans mon cercle de métalleux.

Le groupe australien arrivait avec une proposition plus lourde et plus émotionnelle que celle d’Electric Callboy, ce qui rendait le jumelage aussi intéressant que risqué.

Polaris parle à un public metalcore habitué aux breakdowns massifs et aux refrains chargés de gravité. Electric Callboy, de son côté, ratisse plus large avec son mélange d’électro, d’humour, de refrains pop et de brutalité festive.

Une lourdeur à apprivoiser

Crédit Photo : Polaris

Ce contraste s’est rapidement senti dans la foule. Dès les premières minutes de Polaris, il devenait clair que le groupe n’avait pas le public le plus évident devant lui. Jamie Hails a pourtant travaillé la salle avec une énergie franchement impressionnante, comme s’il refusait de laisser le momentum lui glisser entre les doigts.

Du début à la fin, il a appelé les circle pits, les wall of death et les réponses vocales, même lorsque la foule répondait timidement. Il y avait bien un mosh pit, parfois vivant, mais souvent plus petit, moins fluide, avec des mouvements cassés. Comme si une partie du public découvrait les codes du genre en direct ou connaissait simplement moins les chansons du groupe.

À plusieurs reprises, j’avais l’impression d’être l’un des seuls dans mon secteur à connaître les paroles.

C’est ce qui rendait la performance à la fois satisfaisante et un peu frustrante. Polaris a livré un set solide, mais dans une salle qui semblait parfois attendre autre chose.

Dès Dissipate, Jamie Hails, Rick Schneider, Daniel Furnari et Ryan Neff ont installé cette lourdeur précise qui fait la force du groupe. All of This Is Fleeting, Inhumane et The Remedy ont rappelé à quel point leur catalogue sait faire cohabiter tension, mélodie et violence sonore, alors que Nightmare a été l’un des moments où l’on sentait enfin une accroche plus forte.

La dynamique vocale a aussi été l’un des éléments les plus intéressants du set. Sur album, le scream de Jamie Hails peut parfois donner l’impression de rester dans une couleur assez constante. Sur scène, sa performance gagnait en relief.

Les growls semblaient plus nuancés, les attaques plus variées et certaines intonations venaient donner aux morceaux une intensité que l’on ressent parfois moins clairement sur album. Cette richesse ressortait aussi dans le partage avec Ryan Neff, qui assurait les voix clean en remplacement de Jake Steinhauser. Le contraste entre les screams de Jamie et les lignes mélodiques amenait une belle respiration. Visuellement, la proposition demeurait sobre.

Il y avait aussi quelque chose de chargé à voir Polaris poursuivre sa route après la perte de Ryan Siew en 2023. De l’endroit où j’étais placé, les guitares demeuraient assez précises, même si la batterie de Daniel Furnari, puissante et complexe, prenait parfois beaucoup d’espace.

le chaos en mode fluo

Crédit Photo : Electric Callboy

Puis Electric Callboy est arrivé, et l’inquiétude du début de soirée s’est évaporée. La Place Bell était presque pleine, colorée, bruyante, traversée par des perruques, des jumpsuits fluos et des références aux personnages des clips du groupe allemand.

On n’était plus seulement dans un concert métal. On était dans un party de grande échelle, quelque part entre le rave, le sketch d’humour et le défoulement collectif.

L’arrivée sur Tanzneid fonctionnait bien avec sa texture industrielle, métallique et mécanique. Le passage vers Still Waiting arrivait ensuite comme un clin d’œil assez savoureux à Frank Zummo, ancien batteur de Sum 41, qui accompagne maintenant Electric Callboy à la batterie pour cette tournée.

 Ce qui rend Electric Callboy aussi accessible, c’est ce grand écart constant entre des passages criés, des riffs plus lourds et des refrains presque pop qui collent immédiatement. Même lorsqu’une chanson semble vouloir basculer vers quelque chose de plus brutal, le groupe ramène souvent un beat électro, une mélodie qui reste en tête ou un moment collectif à chanter. Pour quelqu’un qui écoute moins de métal, il y a toujours quelque chose à quoi s’accrocher.

La setlist était très généreuse, avec plus de vingt morceaux, plusieurs extraits de Tekkno, dont Tekkno Train, Pump It et Spaceman, ainsi que des nouvelles chansons liées à Tanzneid, comme Elevator Operator. Le bloc Hurrikan / Overkill / All the Small Things / Bodies a été l’un des moments les plus éclatés de la soirée, passant d’un délire électro-industriel et dubstep à des clins d’œil à Motörhead, Blink-182 et Drowning Pool. Les costumes, les couleurs saturées et les fumées donnaient aussi cette impression de rave métallique assumée.

L’art du spectacle entre deux breakdowns

Crédit Photo : Electric Callboy

Le groupe a aussi parfaitement compris l’importance du spectacle entre les chansons. Kevin Ratajczak et Nico Sallach interagissaient constamment avec la foule, avec un showmanship très théâtral, presque typiquement allemand dans sa manière d’assumer l’humour sans jamais paraître forcé.

Dans cette façon de transformer les pauses en petits sketchs, on pouvait penser à l’efficacité scénique d’un groupe comme Powerwolf, mais transposée ici dans un univers beaucoup plus fluo, absurde et électro. Les nombreux changements de costumes venaient aussi renforcer cette impression d’entrer dans les personnages et les vidéoclips du groupe, en ajoutant du rythme à l’aspect visuel. Ils ont aussi pris le temps de s’excuser pour le changement de date, en reconnaissant l’impact que cela pouvait avoir pour les gens venus de loin. C’était simple, mais vraiment apprécié.

Le moment acoustique au milieu de la foule a été l’un des beaux détours de la soirée. Les membres sont apparus à quelques mètres de nous, expliquant qu’ils voulaient eux aussi faire partie du party sur le parterre. F*ckboy en version acoustique, avec Kevin Ratajczak au piano, avait quelque chose d’absurde et d’étrangement intime. Puis Everytime We Touch a commencé doucement avant de revenir vers la scène et d’exploser dans une esthétique d’église en feu, avec vitraux et finale métal complètement démesurée.

Non, le fun n’enlève rien au métal

Crédit Photo : Electric Callboy

Le rappel a bouclé la soirée avec RATATATA, Spaceman et We Got the Moves. Pour RATATATA, il y avait même un sentiment de boucle complète. En juin l’année passée, j’avais vu BABYMETAL interpréter cette collaboration avec Electric Callboy sur écran. Cette fois, c’était Electric Callboy qui la ramenait avec BABYMETAL projeté derrière eux. Malgré le nombre de réécoutes, cette chanson demeure toujours spectaculaire.

Au final, Electric Callboy est probablement l’un des meilleurs groupes actuels pour initier quelqu’un au métal. Pas parce que c’est moins vrai ou moins légitime, mais parce que le groupe comprend que le plaisir peut aussi être une porte d’entrée. Le métal peut être brutal, drôle, coloré, dansant et complètement absurde. Et ce soir-là, à la Place Bell, il était surtout impossible de ne pas avoir du plaisir.