Écouter le monde autrement

Par Ariane Monzerolle
Tranquillement, Flore Laurentienne devient une de mes petites traditions. À chaque rencontre, il arrive à nous transporter dans un univers doux, enveloppant, où les mélodies semblent flotter entre le rêve et le réel. Ses compositions, inspirées par nos paysages et leur beauté, m’ont toujours profondément touchée.
Cette fois-ci, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, à la Maison symphonique, il nous a offert une écoute complète de son dernier album, simplement intitulé Volume 3. Le tout sans flafla, sans chercher à remplir les silences. Il a simplement laissé la musique prendre toute la place.
Dès les premières notes, la salle entière semblait suspendue. La harpe, le violon, le piano et les multiples couches de synthétiseurs construisaient un paysage immense, mais étrangement intime. Malgré la grandeur du lieu, on avait l’impression qu’il était juste à côté de nous.
Il y a quelque chose de fascinant dans la manière dont Flore Laurentienne fait dialoguer les instruments. Les sonorités plus électroniques de son nouvel album côtoient des envolées plus lyriques, créant des moments où tout semble possible. Certaines mélodies dansent entre elles, d’autres nous frappent par leur force tranquille.
Après quelques chansons seulement, il nous avait déjà amené ailleurs.

La deuxième partie de la soirée nous ramène vers des morceaux plus familiers, dont les arrangements de Fleuve, une pièce qui traverse son œuvre et avec laquelle il a terminé le concert. D’ailleurs, il y a quelque chose de très beau dans la manière dont cette pièce, à la base improvisée sur un coin de table, continue d’évoluer avec les années.
Tout au long de la soirée, Flore Laurentienne joue avec les frontières entre le jazz, le classique, l’électronique et l’improvisation. Il nous amène à nous questionner : qu’est-ce que le jazz, finalement? Peut-être est-ce justement cette liberté de mélanger les influences, d’écouter autrement. Une chose est sûre : comme le jazz, sa musique est vivante et nous fait ressentir la grandiosité du monde.
Entre une fugue, des percussions improvisées à partir d’objets du quotidien et des arrangements grandioses, il nous rappelle surtout une chose : la musique est un terrain de jeu infini. Il y a aussi quelque chose de très charmant dans son silence, dans son humilité, dans sa façon de laisser les œuvres parler pour lui.

Cette soirée ressemblait à un grand voyage. Un de ceux qui nous font nous sentir tout petits face à la beauté, mais profondément connectés à quelque chose de plus grand.
Merci, Flore Laurentienne, de nous rappeler la puissance d’une mélodie.


