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FIJM 2026 – Sofiane Pamart à la Maison symphonique

Quand la virtuosité laisse toute la place à l’émotion

Crédit photo: Productionsnovak

Par : Bruno Miguel Fernandes

Je vais rarement voir des spectacles plus solo, plus lents ou plus contemplatifs. Ce n’est pas nécessairement parce que je n’aime pas le piano, loin de là, mais parce que ce genre de concert réveille parfois chez moi une petite méfiance, ou même un certain scepticisme. J’ai toujours peur que la virtuosité prenne toute la place, qu’on se retrouve à admirer les doigts qui vont vite sans réellement sentir où la musique veut nous amener.

Cela dit, je n’arrivais pas complètement en terrain inconnu devant Sofiane Pamart. Je connaissais déjà son univers, son approche, ainsi que certains artistes avec qui il a travaillé au fil des années. Je savais donc que son piano ne venait pas seulement d’un monde classique ou très académique, mais qu’il pouvait aussi croiser la pop, le rap et des univers beaucoup plus accessibles.

Avec Sofiane Pamart, vendredi soir à la Maison symphonique, dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal, mes craintes se sont rapidement dissipées.

Une renommée qui ne tombe pas du ciel

Crédit photo: Productionsnovak

Originaire d’Hellemmes, près de Lille, Sofiane Pamart a été formé au Conservatoire de Lille, où il a obtenu une médaille d’or. Son parcours l’a depuis amené à remplir de grandes salles, mais surtout à marquer l’histoire en devenant le premier pianiste soliste à remplir l’Accor Arena de Bercy, à Paris, à pleine capacité. Une prouesse réalisée dès sa première tournée solo. Récemment nommé chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, il continue de faire voyager le piano bien au-delà de ses cadres plus traditionnels.

Mais sa renommée ne repose pas seulement sur des prix ou des chiffres. Elle vient aussi de sa capacité à naviguer entre plusieurs univers sans donner l’impression de changer de costume. Ses collaborations avec Sia, FKJ, Bon Entendeur et Scylla montrent bien la largeur de son langage. Il peut s’intégrer à une chanson, donner du relief à une voix ou, seul, créer l’impression d’un film qui se déroule sans image.

Les gants de cuir, la présence douce, le style impeccable : Pamart a du swag, mais jamais dans une posture forcée. Il s’installe derrière son piano avec une assurance calme. Pas besoin de remplir la scène avec des gestes trop grands. Son jeu s’en charge.

Le piano qui semble vouloir chanter

Ce mélange se ressent rapidement dans ses compositions. Il y a de la grandeur, parfois même quelque chose de très cinématographique, mais aussi un dynamisme étonnant. Dans certaines pièces, son piano semble presque chanter. Les doigtés rapides donnent l’impression qu’une voix est sur le point de sortir de l’instrument. Il y a une urgence dans son jeu, une manière de faire courir les mélodies qui rappelle parfois le débit des rappeurs ou des chanteurs comme Aznavour, mais sans paroles.

La setlist incluait notamment Paris, Beauty, Alba, sa collaboration avec Bon Entendeur, ainsi que Le monde est à mes pieds, issu de son travail avec Scylla. Petit pas de côté que je me permets : l’album Pleine Lune, réalisé avec Scylla, est une recommandation très facile à faire. La plume de Scylla et le doigté de Pamart y créent un équilibre rare. Le piano ne sert pas seulement à accompagner les mots : il leur donne une autre profondeur.

Dans le noir, l’essentiel

Crédit photo: Productionsnovak

Mais le moment le plus marquant de la soirée est arrivé lorsque la scène a plongé dans l’obscurité complète.

Sans éclairage, sans repère visuel, la première pièce s’est amorcée sur un rythme très rapide. Voir un pianiste avancer avec autant de vélocité alors qu’il ne peut pratiquement plus voir son outil était déjà impressionnant. La deuxième pièce, plus lente, a permis de mesurer un autre aspect de sa maîtrise. Pamart devait faire des sauts d’accords assez éloignés les uns des autres, avec une précision presque absurde considérant l’absence totale de lumière.

Mais au-delà de la technique, ce noir avait une réelle fonction dans le spectacle. Il obligeait la salle à écouter différemment. Plus de mains à regarder. Plus de tenue à observer. Plus de décor pour distraire l’attention. Il ne restait que le son, les silences, les respirations et la résonance immense de la Maison symphonique.

À ce moment-là, on entendait réellement l’ensemble : non seulement le talent de Pamart, mais aussi ce qu’il voulait nous donner.

La salle, habituellement impressionnante par son acoustique, devenait presque un instrument supplémentaire. Chaque note semblait durer un peu plus longtemps. Chaque pause prenait de l’importance. L’absence d’éclairage n’était pas un simple effet visuel : c’était une façon de rappeler que le vrai spectacle se trouvait dans ce que Sofiane Pamart réussissait à faire ressentir avec son piano.

Crédit photo: Productionsnovak

Au final, il a offert une performance magnifique, précise, élégante et profondément accessible. Aux fidèles du FIJM, il a donné un moment rare, un concert où la virtuosité impressionne, mais où elle ne prend jamais le dessus sur l’émotion.

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