Un récit musical poétique!

Par : Sylviane Gagnon
Le 25 juin, dans le cadre des Concerts intimes du Festival International de Jazz de Montréal 2026, en collaboration avec La Presse, Viviane Audet nous a offert une magnifique prestation musicale au Gesù. Devant une salle comble et déjà conquise, elle s’est adressée au public avec chaleur dès son entrée sur scène. Elle a raconté l’origine du nom de son village natal, Maria, nommé en l’honneur de Lady Maria Howard. Le seul village portant un prénom de femme sans qu’aucune sainte n’y soit rattachée, et elle en est fière.
Un talent de raconteuse

Viviane Audet est douée d’un sens de narratrice de l’histoire, ce qui permet de comprendre la source de plusieurs de ses œuvres. Artiste multidisciplinaire — comédienne, autrice et interprète — en plus d’être dotée d’un excellent sens de l’humour, Viviane ne cesse de nous éblouir par son talent indéniable de compositrice et de pianiste qui surpasse tout le reste.
Magistral : Le piano et le torrent

Elle a interprété les titres de son dernier album instrumental, sorti en 2025, Le piano et le torrent, un magnifique opus qui plonge l’auditeur dans une atmosphère douce et nostalgique. Cette musique nous ramène aux berceuses de notre enfance et porte à l’introspection ainsi qu’à la contemplation. Chacune des pièces est ancrée dans les souvenirs de Viviane. La pièce Maria, issue du nom de son village, reflète le déracinement de cette figure historique qui immigra en Gaspésie, un parcours dans lequel l’artiste se reconnaît pour avoir elle-même atterri à Montréal à l’âge de 18 ans afin d’étudier.
Souvenirs de jeunesse

A suivi Barlicoco, un type de coquillage, mais surtout le nom d’un bar populaire où Viviane a appris à sourire aux nombreux touristes, beau temps, mauvais temps. On y ressent d’ailleurs les accents d’un vieux piano mécanique. Viviane nous a beaucoup parlé de sa grand-mère Dolores, dont elle a hérité les journaux intimes. Elle nous en a lu quelques extraits, souvent très drôles, qui ont inspiré plusieurs pièces de son album, dont la très puissante La mer est folle. Elle a ensuite relaté ses souvenirs d’adolescence avec ses amis dans La nuit l’été, le P’tit bois. Puis, elle nous a replongés dans le journal de sa grand-mère avec Dolo, une valse vive comme le vent, à l’image de l’amour que Viviane porte à cette femme inspirante et marquante. Peu après son arrivée à Montréal, Viviane nous a confié s’être retrouvée au Biodôme, dans la section du Saint-Laurent, au milieu des goélands pour y retrouver une infime sensation de la mer et un peu de sa Rue des Loriots.
Un aspect plus dramatique

Le Torrent, très dramatique, évoque le déchirement de la séparation de ses parents et la vente de la maison familiale. On y ressent une certaine noirceur, un point de non-retour, tout comme dans Some Squall qui évoque la tempête et le déferlement de la mer de décembre qui se déchaîne. Viviane évoque une rencontre déterminante : celle de Suzanne de Matane, la mère d’une des victimes de Polytechnique en 1989, avec qui elle s’est liée d’amitié. À travers Les filles montagnes, elle rend un hommage d’une grande profondeur à ces quatorze jeunes femmes, là où la noirceur côtoie la lumière.
Une douceur exquise

Le piano de Viviane Audet est tendre, rêveur, mais souvent très énergique. Accompagné par la fabuleuse harpiste Annabelle Renzo, ce spectacle est d’une grande douceur. On y entend la mer, on imagine le vent et la vigueur des vagues, on y respire le large et les souvenirs de l’enfance à Maria; une véritable poésie musicale. Vers la fin du spectacle, Viviane nous offre une chanson intitulée Mère-grand, mon océan, écrite pour sa grand-mère et interprétée avec beaucoup d’affection. La grande finale est un clin d’œil à la toute première chanson apprise au piano à l’âge de 8 ans avec son enseignante, Mme Gertrude. Pour nous rappeler que la musique, c’est aussi une maison, elle reprend Ça fait rire les oiseaux de la Compagnie créole avec une touche personnelle qui nous a bien fait rire. Un moment de grâce offert par une artiste intemporelle.

Je vous invite à parcourir la galerie photos de notre photographe Yagub Allahverdiyev.
Crédit photo : Mattv.ca / Yagub Allahverdiyev














