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López, Childs et Mahler : l’espoir au cœur de l’exil!

La musique qui transcende!

Maison symphonique
Crédit photo : Antoine Saito

Par : Lynda Ouellet et Jean Lapierre

Ce mercredi 11 février à la Maison symphonique, le chef Rafael Payare, accompagné fidèlement par l’Orchestre symphonique de Montréal, a dirigé avec une intensité et une générosité palpable un programme émotionnel.

Trois œuvres composaient ce parcours musical : Perú Negro de Jimmy López, Diaspora et Concerto pour saxophone et orchestre de Billy Childs, puis la Symphonie no 4 de Gustav Mahler.

Nous saluons les causeries avant le concert, qui nous permettent de mieux comprendre le contexte de la soirée. En effet, les deux compositeurs ainsi qu’un expert de Mahler nous ont donné leur perspective sur l’événement à venir.

Ces œuvres tellement différentes racontaient une histoire; Lopez qui nous explique une identité culturelle, et Childs qui raconte un lien de mémoire sur le parcours des exclaves noirs de l’Afrique à l’Amérique. Quant à Mahler, il nous offre une vision spirituelle avec la Symphonie no 4. Ce qui les unit dépasse largement leur diversité stylistique : une profonde méditation sur l’espoir face à la souffrance. Le déracinement, la séparation, l’exil — autant de thèmes traversés par une quête obstinée de lumière, que la musique parvient ici à transcender avec une force bouleversante.

ael Payare,
Crédit photo : Antoine Saito

C’est un Rafael Payare déchaîné qui nous a conduits dans ce Perú Negro percutant. Les six mouvements utilisent tous la puissance de l’orchestre. Les percussions et les cuivres sont mis à partie pour nous toucher solidement dans ce Pérou vibrant. Jimmy López, en résidence à l’OSM, a disposé d’un écrin unique ce soir, sa composition était à la hauteur. Ce n’est pas une œuvre intellectuelle, c’est une œuvre instinctive.

Changement de rythme avec Diaspora et Concerto pour saxophone et orchestre. Nous sommes émus par la profondeur du thème et la profondeur des trois mouvements. L’OSM propulse Steven Banks avec son énergie électrisante. Avec ses saxophones alto et soprano, Banks nous chavire par sa divine interprétation sur l’histoire de l’esclavage. Nous avons entendu le dialogue avec l’orchestre. On n’est ni dans le jazz pur, ni dans le classique traditionnel mais dans un hybride, accessible. Banks nous a démontré, en plus de sa maîtrise technique, une capacité à porter l’émotion avec un saxophone chantant, calme et superbement expressif.

Steven Banks
Crédit photo : Antoine Saito

Et Mahler que Payare aime tant. La Symphonie no 4 est précise. Nous avons aimé les bois. Les cordes sont avenantes; le premier violon a utilisé deux instruments accordés différemment pour sa partition dans le 2e mouvement. Le 3e mouvement nous transporte ailleurs, hors du temps. Le dernier mouvement, avec la voix de la soprano, apporte une touche de simplicité presque enfantine. Une vision du paradis douce, sans grandiloquence. Une paix après le tumulte.

Payare
Crédit photo : Antoine Saito

La soprano Nikola Hillebrand, à la voix lumineuse et habitée, a remplacé Vuvu Mpofu qui n’a pas pu obtenir son visa par la très grande lenteur de notre gouvernement.

Hillebrand dans ce dernier mouvement, Das himmlische Leben « La vie céleste », incarne le paradis par des yeux d’enfant et l’orchestre l’accompagne, un peu joueur voire espiègle. On a ressenti cette sensation de légèreté, cette clarté et cette douceur dans la voix et l’interprétation de la soprano.

Nikola Hillebrand
Crédit photo : Antoine Saito

Un long silence avant des applaudissements longs et soutenus, l’auditoire a aimé. L’OSM aurait pu ne nous offrir que la Symphonie no 4 de Gustav Mahler. L’ajout de Perú Negro de Jimmy López et de Diaspora et Concerto pour saxophone et orchestre de Billy Childs a concrétisé un thème et une histoire profonde. Cela a projeté une perspective différente à la musique et au talent de l’orchestre et de son chef Rafael Payare. C’est ce qui ravit les spectateurs et les habitués.