Une soirée très internationale

Par : Lucia Cassagnet
Cette semaine, la programmation de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) nous gâte avec un répertoire international. Le concert La poignante Symphonie nº 5 de Tchaïkovski fait partie d’une série présentée par Power Corporation du Canada. Il s’est déroulé sous la direction énergétique de Tianyi Lu.
Les grandes fenêtres de la Maison symphonique nous permettent de regarder dehors où, depuis dimanche, la lumière du soleil illumine le Quartier des spectacles après 17 heures. C’est dans cette ambiance de printemps, de chaleur qui s’accroche à revenir à Montréal qu’on entame la soirée avec une oeuvre qui se choque à ces émotions.
On commence avec Nocturne, une pièce d’un compositeur d’ici, Samy Moussa. Cette oeuvre, commandée par Kent Nagano, est une création qui navigue un registre grave de manière prédominante. Suivant un style qui coupe avec la tradition des oeuvres davantage classiques qu’on a l’habitude d’entendre de la part de l’OSM, Nocturne est une pièce moderne du début à la fin.
Durant les 12 minutes que dure son interprétation, on voyage à travers des sonorités lourdes et sombres qui rappellent la nuit (on s’en doute…). Entre les moments plus forts on retrouve des passages qu’on reconnaît plus qu’une fois, et qui finissent par devenir nos repères dans la noirceur.
Finalement, doux comme un lever de soleil, les musiciens terminent avec un effacement progressif, tout comme la nuit le fait tous les matins sur les rues de Montréal.
Arrive ensuite le piano, où l’on entendra sous les mains savantes de Pierre-Laurent Aimard le Concerto pour piano no 3 en mi majeur, Sz. 119 du compositeur roumain Béla Bartók.
Le Concerto, que le compositeur a dédié à sa femme, est une oeuvre en trois mouvements. Tianyi Lu, sur le podium au milieu de la scène, presque invisible à cause du piano d’Aimard, dirige les musiciens d’une main confiante. Ce n’est pas les sautes d’humeur de cette oeuvre qui vont la ralentir.
Le pianiste français, enjoué, profitant des petits moments de répit que lui accorde sa partition, semble apprécier l’orchestre autant que la salle. Son énergie, alimentée par la musique et les artistes qui partagent la scène avec lui, augmente avec les crescendos et se calme avec les agencements plus doux.
La Russie romantique au programme
C’est finalement l’heure d’entendre l’oeuvre de renom de la soirée, la Symphonie nº 5 de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Importante figure de la musique romantique du 19e siècle, le compositeur russe revient dans les violons de l’OSM avec l’une de ses dernières symphonies.
La Cinquième symphonie est la deuxième d’un cycle qu’on appelle les symphonies du destin. Grand succès auprès du public dès sa première représentation, elle a laissé les critiques plus mitigés dans leur réception. Tchaïkovski lui-même a longtemps douté de son travail par rapport à cette oeuvre.
On rentre dans les notes avec un motif sombre et plein de lourdeur. On pense aux difficultés du 19e siècle, les malheurs qui étaient parfois monnaie courante. Mais, on se fait prendre par surprise par des brèves introductions d’un son plus joyeux, une valse presque heureuse qui nous ramène les grands ballets russes. Il s’agit d’un peu d’espoir dans la noirceur, bien que fugitif et vite passé.
Durant une totalité de quatre mouvements, on voyage dans l’univers du compositeur où on reconnaît son génie et son talent. Les agencements des notes, les façons de faire rentrer un violon pendant qu’une contrebasse sort, de manière si agile, c’est ce qu’on recherche dans son art. La façon de faire danser les notes entre les regroupements d’instruments, c’est un ballet sonore.
Tianyi Lu, à nouveau visible puisque le piano n’est plus là pour la cacher, se voit alors multiplier son énergie. Traversant les mouvements avec son batôn de direction ou avec ses mains, elle guide à travers les pages son armée musicale.
C’est un grand succès (sans surprise, on connaît notre OSM quand même!), et une autre soirée s’achève sous les chauds applaudissements du public.
Pour connaître la programmation 2024-2025 de l’OSM, c’est ici.
Crédit photo de couverture : Marco Borggreve