La montée en puissance d’une soirée en trois temps

Par : Bruno Miguel Fernandes
Hier soir, le Théâtre Beanfield accueillait la tournée Death Above Life North American Tour de Orbit Culture, accompagnée de deux formations aux univers bien distincts : Atlas et Ov Sulfur. Sur papier, l’assemblage pouvait sembler surprenant, réunissant metalcore moderne, blackened deathcore et melodic death metal. Une fois sur scène toutefois, cette diversité s’est transformée en une progression naturelle vers une intensité toujours plus grande. La tournée souligne le plus récent album du groupe suédois Death Above Life, qui confirme la montée constante de Orbit Culture sur la scène métal internationale.
L’atmosphère avant la catharsis

C’est Atlas qui avait la tâche de lancer les hostilités. Composé de Leevi Luoto au chant et à la basse, Patrik Nuorteva au chant, Tuomas Kurikka et Kevin Apostol aux guitares ainsi qu’Aku Karjalainen à la batterie, le groupe s’inscrit dans la mouvance du metalcore moderne, avec une approche misant autant sur les ambiances atmosphériques que sur les passages plus lourds.
Dès les premières pièces, Atlas installe une atmosphère sombre et mélodique où les passages clean occupent une place importante. La voix, aérienne et étirée, apporte une dimension presque contemplative qui contraste avec les riffs plus pesants. À plusieurs moments, l’univers sonore du groupe rappelle certaines formations contemporaines comme Bad Omens ou Sleep Token. Mais la comparaison s’arrête ici. Malgré une belle énergie sur scène, Atlas manque de cette touche unique qui aurait transcendé ses atmosphères et ses breakdowns. Correct pour installer la salle, mais sans laisser d’empreinte marquante.
La brutalité noircie d’un deathcore sans compromis

Le contraste devient beaucoup plus marqué avec l’arrivée d’Ov Sulfur, formation originaire de Las Vegas qui évolue dans un registre blackened deathcore. Le groupe amorce sa prestation en force avec Endless//Godless, imposant immédiatement une intensité frontale. Musicalement, leur style repose sur une base deathcore très lourde à laquelle s’ajoutent des éléments inspirés du black metal. Les morceaux alternent entre poussées brutales, breakdowns massifs et passages plus mélodiques.
Au chant, Ricky Hoover impressionne par la maîtrise de ses transitions entre growls et screechs. La puissance est bien présente, mais c’est surtout le contrôle qui marque. À la batterie, on retrouve les blast beats efficaces, les passages plus rythmés qui laissent respirer les guitares et les voix, et les coups francs qui introduisent des screams soutenus. Pourtant, même avec cette solidité, l’ensemble reste très conforme au genre, sans apporter de touche personnelle.
Le chant clair, entendu notamment sur Wither, n’est pas toujours parfaitement juste et se retrouve parfois légèrement noyé dans les riffs saturés. Cela dit, ce manque de précision n’enlève rien à la performance.
Dans la foule, l’énergie monte rapidement. Sur Vaste Eternal, deux walls of death prennent forme dans un moshpit qui ne semble jamais vouloir s’essouffler. Le groupe maintient cette intensité avant de conclure avec Evermore.
Moment plus léger : la foule souligne aussi l’anniversaire du chanteur avec un bonne fête repris par la salle, suivi d’un enthousiaste « ohé ohé ». Une belle démonstration que la scène métal demeure aussi un espace de camaraderie et de respect.
La puissance maîtrisée du melodic death metal

Lorsque Orbit Culture prend finalement possession de la scène, l’énergie dans la salle change complètement. Originaire d’Eksjö, en Suède, le groupe est composé de Niklas Karlsson au chant et à la guitare rythmique, Richard Hansson à la guitare, Fredrik Lennartsson à la basse et Christopher Wallerstedt à la batterie.
Depuis plusieurs années, Orbit Culture s’impose comme l’une des formations les plus solides du melodic death metal moderne. La voix de Niklas Karlsson joue un rôle central dans l’identité sonore du groupe. Ses growls sont puissants, graves et très rythmés. Lorsqu’il passe en voix claire, la ressemblance avec James Hetfield est frappante, mais il y ajoute une texture bien à lui. Les harmonies vocales entre le chanteur et le bassiste, mêlant scream et battle cry, ajoutent une puissance tout en restant étonnamment mélodieuses, donnant à la performance une profondeur à la fois brute et captivante.
Dans la petite salle du Beanfield, le moshpit occupe presque la moitié du parterre, avec walls of death, circle pits et mouvements de foule constants sur des riffs particulièrement brutaux et entraînants. Il y a quelque chose dans les riffs d’Orbit Culture qui semble immédiatement mettre le public en mouvement. L’image peut sembler étrange, mais ces riffs ont presque quelque chose de tribal, comme des tambours de guerre, donnant l’impression de se préparer à la bataille.
La setlist est tout aussi solide. Death Above Life ouvre avec puissance, Tales of War déploie une introduction quasi symphonique, North Star of Nija révèle un groove particulièrement contagieux en live, The Storm et While We Serve maintient une intensité palpable, et Vultures of the North vient conclure le tout avec une énergie implacable.
L’excellence des tambours de guerre
L’excellence du batteur Christopher Wallerstedt marque également la soirée. Son jeu marie des frappes intenses et tribales à des passages plus subtils et mélodieux portés par les cymbales, créant un contraste fascinant entre puissance brute et finesse rythmique.
La production de la soirée mérite également une mention. Les jeux de lumière demeuraient simples, mais efficaces. La qualité sonore était remarquable. Chaque instrument restait parfaitement audible.
Le Beanfield demeure d’ailleurs l’une de mes salles préférées à Montréal. Son format intime permet une proximité rare avec les artistes, tout en offrant une qualité sonore qui évite l’effet de réverbération excessif parfois présent dans des salles plus grandes.
Au final, cette escale montréalaise de la tournée Death Above Life aura offert une soirée riche en contrastes. Atlas a amorcé la soirée avec une approche atmosphérique du metalcore, Ov Sulfur a plongé la salle dans une noirceur brutale propre au blackened deathcore, et Orbit Culture a conclu avec une démonstration impressionnante de puissance et de maîtrise.
Si la combinaison des trois groupes pouvait sembler inhabituelle sur papier, la progression des styles au fil de la soirée s’est finalement révélée cohérente.
Une chose est certaine : Orbit Culture confirme une fois de plus qu’il fait désormais partie des formations les plus solides de la scène métal actuelle.


