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Évangéline

Soir de grande première pour Évangéline

Crédit photo: Gabriel Talbot

C’est à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts que la pièce contemporaine de l’histoire du peuple Acadien, Évangéline a été présentée en grande première jeudi dernier. Une première médiatique hautement attendue.

Tant de souffrances au sein d’une nation déportée, déracinée mais dont la résilience et la résistance nous sont transposé dans cette fresque historique. Nous avons entendu l’histoire d’un peuple dissipé à travers l’Amérique dont les chants résonnaient comme des milliers de cœurs déchirés en parallèle avec l’histoire d’amour entre Évangéline et Gabriel.

Les auteurs, Caroline Cloutier et Frédérick Baron, et le metteur en scène, Jean-Jacques Pillet, ont pris aussi le soin d’offrir une place remarquable à la Nation Mi’Kmaq, soulignant ainsi, au peuple Autochtone, leur présence dans cette histoire. Autant en symbolisant leur culture par des gestes et coutumes, autant en paroles profondes dans une langue qui impose à la fois la paix et le respect.

Des interprètes magistraux

Crédit photo: Gabriel Talbot

Nous avons eu droit à des interprétations enlevantes. De la puissance vocale offrant, à chaque interprète, son moment de gloire sur la scène. Maude Cyr-Deschênes dans le rôle d’Évangéline Bellefontaine est totalement époustouflante. La candeur et la fougue qu’elle transpose dans le personnage d’Évangéline font de cette protagoniste une interprétation solide. Le poids du personnage elle le supporte à la perfection et sa voix résonne dans l’auditoire de façon significative.

Olivier Dion en Gabriel Lajeunesse est tout autant solide dans ses performances. Un personnage toutefois un peu plus effacé dans la scénarisation laissant plus de place à l’histoire de la déportation. Mais sa présence sur la scène nous fait vibrer à tout instant et nous fait oublier le reste.

Sœur Marguerite, interprétée par Nathalie Simard, arrive au deuxième acte. En religieuse rebelle, Nathalie Simard est solide autant dans son rôle que dans sa performance dans Au nom de toutes les femmes. Un des moments forts de la soirée. L’ovation offerte (quoi que brève puisque les scènes se sont enchaînées) était généreuse et ressentie.

Matthieu Lévesque personnifie le vilain Baptiste Leblanc. Le rejet d’Évangéline à son égard l’entraîne dans un torrent de jalousies et d’hypocrisies qui poussera son personnage à trahir impunément son peuple. Une déchéance que Matthieu Lévesque porte sur ses épaules et qu’il transpose habillement.

Océane Kitura Bohémier Tootoo joue le personnage de Hanoah, amie et confidente d’Évangéline qui insuffle la paix et impose pour l’unification des peuples. Un personnage tout en douceur mais puissante par sa présence.

Une succession de personnages gravitent autour des rôles principaux en soulevant l’auditoire. Tour à tour ils nous transportent dans la joie et la légèreté, dans les convictions et la loyauté du peuple acadien. Des qualités essentielles démontrant la résilience de ce peuple : Raphaël Butler (Beausoleil et figure marquante de la résistance acadienne), Guillaume Rodrigues (François Hébert), Noémie Durand (Jeanne), Dominique Côté (Benoît Bellefontaine, père d’Évangéline et maire de Grand-Pré), Laurent Lucas (Père Félix).

Frayne McCarthy, John Winslow, officier Britannique, quant à lui porte le rôle que l’on aime haïr puisqu’il représente l’exécution de la déportation à lui seul en appliquant l’ordre de l’exil forcé.

La liste est longues pour la distribution, mais nous ne pouvons passer sous silence Eloi ArchamBaudoin qui interprète différents rôles et les danseurs : Cyndie Forget Gravel, Zachary Bastille, François Richard, Andrew Mikhaiel, Roxane Duchesne-Roy, Evelynn Aroussen, Jake Merryn, Yelda Del Carmen, Yan Gros-Louis, Poloz Kritzinger et Leyva Espinosa ajoutent à la scénique des scènes en mouvant les décors et faisant virevolter les tissus des costumes aux aspects naturels.

Crédit photo: Gabriel Talbot

Comme la musique et la chanson ont toujours occupé une place importante dans la culture acadienne, transposer ce tragique bout d’histoire en musiques et en danses allait de soit.

Nous sommes loin de la comédie musicale remplie de légèreté tant le sujet tourne plus autour du drame. Les scènes nous transcendent en spectacle d’envergure, voir un opéra de style dramatique, remplie d’une belle poésie puissante face aux événements présentés qu’en folklore culturel.

Si je puis me permettre, je m’étais attendue à des notes parfois un peu plus folkloriques, sorties tout droit des bayous du Mississippi, du cajun de la Louisiane.

Les paroles se font parfois oubliées puisque la sonorisation des instruments prend un peu plus de place. Nuls doutes que cette technicalité aura été ajustée depuis. La scénique nous déplace d’un tableau à l’autre en mouvance légère. Les détails techniques se font en douceur permettant à l’auditoire de se concentrer sur l’essence du déroulement, de l’histoire.

On nous a suggéré la grande histoire d’amour entre Évangéline et Gabriel mais elle fût éclipsée par une présentation de la déportation entourant celle des cœurs esseulés.

Mais la chronologie est bien ficelée. Bien exploitée. Bien décrite et racontée. Nous faisant, malheureusement, un peu délaissé par l’essence de l’amour séparé, retrouvé mais jamais oublié que nous étions venu voir et entendre. Nous avons vacillé entre amour, perte, rébellion, résilience, retrouvailles et renouveau durant plus de 2h30. Nous subjuguant à chaque emportée musicale.

 

Voici la galerie photos de Gabriel Talbot.

Crédit photo: Gabriel Talbot