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Le Marivaudage, Feu Chatterton à Montréal

« Ça c’est ce que j’appelle des retrouvailles » (Arthur Teboul, 3 mars 2026 à Montréal)

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Par : Marin Agnoux
Dans un vol direct au-dessus de l’océan Feu Chatterton arrive à point à Montréal pour soutenir leur dernier album Labyrinth. Sans mise en bouche le groupe parisien monte sur la scène du Mtelus un peu en avance, juste à l’heure pour nous. En pleine tournée pour leur 4ème opus, Feu s’engouffre dans l’univers de la pop française aux détriments des arrangements plus rock que l’on connaissait, mais si l’on observe finement, le chemin était déjà tracé depuis leurs débuts.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Le public très demandeur restait forcément à conquérir, ils se devaient de nous séduire comme ils ont su le faire auparavant. Le concert s’ouvre sur quelques titres de leur nouveau projet, avec assurément leur single entêtant Allons-voir, l’atmosphère encore un peu en retrait de la foule laisse penser que le jeu amoureux n’est pas totalement terminé. Avec quelques mots bien placés et sa poésie articulée Arthur Teboul éveille les regards, petit à petit, le concert s’harmonise.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

De retour aux sources, Feu Chatterton a beau promouvoir un album de variété rien ne les arrête, je dois dire qu’ils se souviennent profondément de leur racines à l’époque plutôt rock. D’un morceau à l’autre, de Ce qu’on devient à Libre, les synthétiseurs d’une pop datée laissent place aux guitares fracturées finissant par démystifier les a priori qu’on pouvait avoir. À la formation parfois plus acoustique pour les interprétations de Mille Vagues ou La fin d’Un Monde Nouveau, mais aussi parfois très électronique pour le titre éponyme de l’album, on peut au premier abord chercher sa place. Comment tout aimer si tout est différent ?

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Planant sous les danses lancinantes, à travers la hargne des musiciens, et la voix charismatique du protagoniste, on comprend enfin que Feu Chatterton s’amuse. Ils se poussent dans leurs retranchements, mêlent les genres, les sonorités, et n’hésiteront d’ailleurs pas à traîner certains morceaux sur une dizaine de minutes pour ensuite revenir à des formules plus classiques sans nous donner le choix. Leurs arrangements continuellement différents qui parfois paraît en un manque d’homogénéité, laisse place à la base même de leurs morceaux. L’excellence dans les compositions prime et finit par enlacer tout le monde quels que soient nos goûts et nos couleurs.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

C’est aussi dans de grands moments de romantisme que Feu cherche à nous unir à coups de Nostalgie, La Malinche, Mort Dans la Pinède, À l’aube, des morceaux que l’on connaît si bien sur lesquelles on a nous aussi dansé, pleuré, crié. C’est sans omettre les silences admiratifs qu’a reçus le groupe lors de L’affiche rouge, morceau de résistance écrit par Aragon et chanté avant par Léo Ferré interprété ce soir-là en grande intimité forte et puissante, qu’on ce voit envahir d’amour et de frissons.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Après plus de deux heures de concert, émus et peut-être même étonnés des sifflements inarrêtables et des applaudissements claquant crescendo en fin de concert, Feu Chatterton repart le sourire au coin de la joue et les remerciements au bout des lèvres.

On sort alors, sûrement avec un sentiment similaire, l’impression d’avoir reçu une lettre d’amour subtile, en attendant impatiemment la prochaine avec quelques nouveaux mots…