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Gabi Hartmann à Montréal : Des contes et des hommages

Le récit d’une femme aux yeux de sel

Crédit : Facebook Gabi Hartmann

Par : Bérénice Lemarié

En ce samedi soir d’un mois de mars un peu trop long, on fait une pause au Théâtre Outremont pour assister au concert de Gabi Hartmann. Ce n’est pas une découverte pour Montréal, et le public se souvient encore de ses derniers passages. Mais ce soir, Dame Hartmann veut nous conter l’histoire de La femme aux yeux de sel, son dernier album. On dit Dame Hartmann, parce que, sur scène, elle a la présence d’une grande dame. 

Crédit : Facebook Gabi HartmannElle entre en dansant, et elle continuera à danser durant tout ce concert. On est assis, c’est presque dommage, bon nombre d’entre nous auraient aimé la suivre ! Gabi Hartmann est faite d’une prestance remarquable et d’une voix fascinante. Elle chante avec le cœur et avec le corps, proche de l’âme et des histoires qu’elle nous raconte. 

Dans ses chants, Hartmann nous parle d’amour et d’injustice. En portugais, en arabe, en anglais et en français, elle a tant de choses à partager. Il y a cet histoire de la femme soudanaise, représentée en montagne, qui se transforme en arc si on la traite mal. Elle conte aussi l’histoire de Natureza, chanson sur la nature. Et puis, ces histoires d’amour, ainsi que d’autres contes sur les erreurs.

Pour nous chanter ces contes, elle s’est entourée de musiciens aussi doués qu’elle. D’ailleurs, Hartmann se met en retrait et quitte la lumière dès qu’elle le peut pour leur laisser les regards. Piano, percussions, clarinette, saxophone, basse et contrebasse, ils sont quatre et se partagent la scène avec complicité et tendresse dans les sourires qu’ils s’échangent. C’est d’une grande douceur que de voir un tel collectif. C’est apaisant, c’est enveloppant…

 

L’interprète propose quelque chose de sincère et qui se transforme une fois sur scène. Dans les rangs en arrière, j’entendais dire qu’elle a encore plus de coffre sur scène, et que c’est encore plus jazz que dans ses disques. C’est assez vrai, et assez déroutant. Hartmann est une artiste faite pour la scène, elle en fait sa maison. Elle sait manier l’élégance de sa voix et la portée de celle-ci. Cette voix, qui sur scène est encore plus libre et virevoltante; elle nous emmène où est-ce qu’elle le souhaite avec. 

Il y a eu, ce soir, une osmose dans cette salle, une beauté fine et juste qui a su charmé la salle remplie de ce théâtre. Avant de nous laisser, Hartmann revient sur scène lors d’un rappel, et offre une reprise de Lhasa De Sela, un dernier hommage à cette artiste de qui elle se rapproche et s’inspire profondément. L’interprète s’ancre dans ce style entre jazz, soul et folk. Avec des mélodies fortes et des musiciens à l’importance sacrée, on comprend bien la multitude de collaboration réussie avec Baptiste Trotignon ou Erik Truffaz.

Crédit photo : Mickael Herny

Voir Gabi Hartmann sur scène, c’est assister à un hommage, une cérémonie de tout ce à quoi elle tient. Elle dédie sa voix à ses amours et ses valeurs, et on sent dans celle-ci tout ce qui fait d’elle cette interprète émérite. Au vu de sa performance, de l’accueil du public, et de son étoffe, je crois que Montréal aura bien d’autres occasions de la rencontrer.