Recueillant et grandiose!

Par Lynda Ouellet et Jean Lapierre
Ce vendredi 3 avril à la Maison symphonique, sous la direction du chef Kent Nagano, l’Orchestre symphonique de Montréal nous convie au Requiem Allemand. Le Chœur de l’OSM et son chef Andrew Megill sont également présents pour cette représentation.
Nous avons le bonheur de voir s’ajouter à cette distribution Jean-Willy Kunz, organiste, ainsi que Alexander Janiczek, violonniste, Johannes Kammler, baryton et Paula Murrihy, mezzo-soprano.
Une programmation grandiose!

Kent Nagano, expert de Brahms, présente cette version du Requiem Allemand s’appuyant sur l’histoire de ce jeune compositeur de 31 ans. Ce concert, dans sa version de 1868 telle qu’elle a été donnée à Brême, est un véritable cadeau. À la suite d’un séjour à Brême pour étudier Brahms, le maestro a recherché la clarté originelle, la profondeur humaine et l’esprit de méditation, loin de toute grandiloquence.
Des interludes sont intégrés après les mouvements I, II et III et les mouvements IV, V et VI. Ils servent à incorporer le Christ dans l’œuvre de Brahms qui, à sa création, n’en faisait pas mention. Ils ont été ajoutés par Martin Reinthaler, un musicien réputé et ami du compositeur. À l’époque, Brahms avait spécifié un chœur d’au moins 400 chanteurs. Ce soir, grâce à l’acoustique de notre Maison symphonique, 120 choristes suffisent à assurer une qualité équivalente.
De la puissance et de la retenue!

Dès le premier mouvement, le Chœur de l’OSM, les cordes, les bois et l’orgue installent une atmosphère dramatique sans être triste, bien qu’une certaine souffrance s’y fasse sentir. Le deuxième mouvement constitue l’un des sommets de cette première partie. Kent Nagano a su équilibrer et diriger chaque section, s’emboîtant les unes aux autres. Par moments, le chœur est mis en évidence; à d’autres, c’est l’orgue. L’ensemble construit un crescendo menant à la marche funèbre. Au troisième mouvement, Johannes Kammler, baryton, dialogue avec le chœur; sa voix est solide et nuancée.
Réflexions!

Les interludes apportent un espace d’apaisement. Alexander Janiczek, au violon, maîtrise son instrument dans un esprit proche du XVIII siècle, les doigts glissant sur les cordes et l’orgue de Jean-Willy Kunz qui agit ici comme un lien sonore. Les deux musiciens nous livrent, avec recueillement, de brefs tableaux de Bach, Tartini et Schumann.
Paix, consolation et libération!

On revient ensuite aux mouvements IV, V et VI du Requiem Allemand. Une lumière jaillit, faisant passer l’auditeur de la réflexion à la paix. Dans le mouvement IV, on assiste à une entrée apocalyptique où cuivres et trompettes prennent le dessus. Puis vient le mouvement V, Paula Murrihy offre une ligne vocale d’une grande pureté, portée par une direction souple et attentive aux équilibres. Enfin, le mouvement VI, celui de la consolation, où Nagano, tout en souplesse, dirige le chœur et différentes sections en vagues harmonieuses, nous menant vers une forme de libération.
On termine avec Johann Sebastian Bach, Passion selon Saint Matthieu, mettant en valeur Paula Murrihy, mezzo-soprano, et Alexander Janiczek, violon solo. Leur fusion émeut profondément. La finale propose Handel, Le Messie avec le grandiose Hallelujah, qui nous transporte dans l’allégresse.
Conclusion!

Ce soir, nous avons apprécié la Maison Symphonique et son orgue Pierre Beique, qui ont servi d’écrin à l’OSM et à son chœur. L’auditoire a longuement ovationné cette prestation. Nagano propose une vision intériorisée de l’œuvre, où la méditation prime sur l’emphase, et où la structure musicale se révèle dans toute sa clarté.
On peut être sensible au prix d’un billet à la Maison symphonique, mais quel spectacle peut réunir plus de 200 artistes sur scène le même soir? La valeur de la soirée en est pleinement démontrée.
Merci au maestro Kent Nagano pour votre approche rigoureuse, votre finesse et votre souplesse, qui ont fait de cette soirée un événement inoubliable.


