L’apogée de la musique pop?

Par : Marin Agnoux
Comme à chaque année, le Festival International de Jazz de Montréal ne cesse de nous surprendre à l’arrivée d’une programmation toujours plus pointue et minutieusement choisie que la précédente, qui n’a jamais fait grimacer son public d’un quelconque désarroi. En plus des nombreux noms sur l’affiche bleue au chat ailé du festival, Montréal accueille au MTELUS le meilleur spectacle actuellement en tournée mondiale. Les deux Argentins, Ca7riel etPaco Amoroso qui ont l’habitude de remplir des stades, en plein dans leur Free Spirit Tour, juste après avoir ramassé quelques Grammys aux quatre coins du globe ces deux dernières années, faisaient leur première date au Canada ce soir.
Pour le groupe, Free Spirit est l’album de la libération des normes d’une pop bien trop écrite, dans une musique désabusée et digne des grands dramaturges. Le projet s’autorise la plénitude en puisant dans tous les genres sans barrière. Comme les plus grands,Ca7riel et Paco Amoroso nous donnent ce sentiment d’avoir entièrement compris la musique, les maîtres du jeu, d’un jeu de plateau bien trop compliqué dont ils sont eux-mêmes la notice à suivre. Si vous pensiez que la musique populaire n’avait rien à vous apporter, vous êtes loin d’en avoir compris sa complexité.

Narré par une voix off – que l’on reconnaît très vite, car c’est bien Sting qui y prête la sienne –, Ca7riel et Paco sont sur scène accompagnés de quatre musiciens : un percussionniste, un batteur, un bassiste et un claviériste qui n’ont pas l’air d’avoir une once de prétention. Le concert, divisé en 12 étapes comme nous le stipule le gourou de la soirée, Sting, retrace les 12 étapes de la thérapie pour atteindre notre Free Spirit.
Le spectacle, millimétré, d’un peu moins de 90 min, met en scène nos deux protagonistes dans ce processus au travers de la musique, en passant des influences latines au jazz (Impostor), à la funk (No Me Sirve Mas), au rock (Hasta Jesús Tuvo un Mal Día), parfois presque progressif, et en allant jusqu’au metal (Ha Ha) et à la techno (Lo Quiero Ya), on transgresse les règles dans une harmonie populaire extrêmement bien ficelée.

Il en devient presque dur à dire ce qu’ils n’ont pas fait, et si vous ne me croyez pas, je le comprendrais parfaitement. Et pourtant, si Prince et Madonna avaient eu des enfants spirituels pour tracer les routes d’une musique sans frontière, on aurait fini par les trouver. Ca7riel, qui, entre deux couplets, rappe ou chante comme Prince à la magnifique époque de Purple Rain, à l’occasion sort sa guitare dans un ode au rock fusion jouissif. Paco Amoroso, à la voix éraillée, teinte les mélodies d’une pop madonienne, elle, beaucoup plus actuelle (Mi Deseo/Bad Bitch).
C’est ce clivage de générations qui se transforme en fil rouge pour l’histoire qui ne se tient qu’à une chose : le bonheur total trouvé dans chaque influence pour arriver à la symbiose parfaite. La soirée se finit d’ailleurs dans une transe entre le public et le groupe, difficilement descriptible, amenée par le virage drastique à une musique entièrement électronique qui transforma le MTELUS en un club argentin/berlinois le temps de quelques morceaux.

Difficile à dire si mon article est aussi dramaturgique que leur grand théâtre construit de toutes pièces sur scène. J’en perdrais presque une certaine objectivité, ou peut-être que j’ai seulement fini par accepter les douze étapes pour libérer mon esprit.


