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Lambrini Girls, le référendum que le monde attend

La renaissance de Bikini Kill

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Par : Marin Agnoux 

Dans un monde régi par le sexe masculin, Lambrini Girls refont les murs et la bâtisse avec leurs règles. Au Théâtre Beanfield, Montréal se soulève avec eux pour le grand référendum.

Depuis les années 1990 où Montréal a été au cœur des revendications punk féministes et du mouvement des Riot Grrrl, la scène existait dans des espaces plus petits, dans nos salles préférées aux quatre coins des rues Saint-Denis et Saint-Laurent, mais cela faisait bien longtemps qu’on n’y avait pas eu droit avec les grands moyens du Théâtre Beanfield. Les trois filles de Brighton montent ce soir sur scène à Montréal, un an après leur grand succès Who Let The Dogs Out. Phoebe Lunny (guitare, voix), Lilly Macieira Bosgelmez (basse, chœurs) et Banksy (batterie) se réapproprient le punk dans une musique noisy, efficace et provocatrice. Avec un brin d’humour et à l’allure de porte-parole du peuple, Lambrini Girls se moquent des hommes, du fascisme et de tous les oppresseurs.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

La soirée devient un grand manifeste érigé sous les hymnes Cuntology 101 et Big Dick Energy tandis que la foule grabuge au milieu de la salle. La musique, elle, est remise à l’essentiel : des basses grasses et pâteuses, des guitares trop rapides pour en comprendre les accords et une batterie rythmée sur l’instinct. On ne performe pas la musique pour l’intellectualiser, on s’en sert pour crier nos droits. Pourtant, rien n’est laissé au hasard. La politique est au cœur de ça, on ne prend pas le risque d’oublier un détail. Le public le comprend d’ailleurs bien et profite de ce moment pour s’exprimer.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Toujours par ce second degré agitateur, les filles s’amusent sur Filthy Rich Nepo Baby et Help Me I’m Gay et proposent, avant de partir, de donner à cette salle l’opportunité d’assister au plus grand mosh pit qu’elle ait connu, ce à quoi peu de gens ont répondu négativement. Pour avoir été beaucoup de fois au Théâtre Beanfield et pour beaucoup de concerts bien différents, je dois dire que peu pourraient se vanter de l’exploit de Lambrini Girls ce soir : un trou de quinze mètres dans une salle qui en fait vingt, et une centaine de personnes entassées qui se lancent au décompte pour jouir de l’instant. Montréal n’attendait que ça depuis quarante ans.

Après cinquante minutes hargneuses, Lambrini Girls quitte la salle avec classe et grandeur tandis qu’on reste admiratif, figé par le charisme obnubilant du groupe donner dans la dernière heure.