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FIJM 2026 – Cymande au Festival international de jazz de Montréal

La maîtrise des origines, l’énergie du renouveau

Crédit Photo : Benoit Rousseau

Par : Bruno Miguel Fernandes

À 19 h, alors que la Place des Festivals se remplissait encore, le groove de Cymande avait déjà trouvé son monde. Devant la scène, des spectateurs de tous âges dansaient, reconnaissaient certains passages et se laissaient porter par les morceaux. Tout près, un groupe de jeunes semblait connaître les chansons par cœur, les vivant avec une énergie franchement contagieuse.

L’image résumait bien ce que le groupe allait déployer pendant l’heure suivante : une musique profondément ancrée dans les années 70, mais qui continue de circuler avec une étonnante vitalité. Plutôt que de simplement convoquer le passé, Cymande le remet en mouvement.

Dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, les neuf musiciens réunis sur la Scène TD ont ainsi offert bien plus qu’un retour nostalgique. Ils ont fait entendre une musique qui connaît ses racines, qui les respecte, mais qui refuse de s’y enfermer. Née à Londres au début des années 70, nourrie de funk, de soul, de jazz, de reggae, de rock et d’influences africaines, elle arrive avec cette impression étrange d’avoir toujours eu une longueur d’avance.

Le groove en partage

Crédit Photo : Benoit Rousseau

Formé en 1971, Cymande a connu une première vie brève, mais dense. Après trois albums et une séparation en 1975, le groupe a longtemps continué d’exister dans l’ombre de ses propres morceaux, repris, samplés et redécouverts par les amateurs de hip-hop, de house, de rare groove et de funk. Leur premier album éponyme, paru en 1972, a traversé les décennies sans s’essouffler.

Derrière le nom Cymande, qui renvoie à la colombe et à ses idées de paix et d’amour, il y a surtout une manière de faire circuler l’énergie. Chaque musicien garde son espace, sa ligne, son souffle. Pourtant, rien ne déborde. La basse de Steve Scipio trace un chemin groovy, la guitare de Patrick Patterson vient le décorer avec une bonne humeur contagieuse, tandis que les claviers, la batterie et les percussions installent une pulsation souple, presque organique.

Les saxophonistes et le trompettiste viennent ensuite ouvrir les morceaux. Leurs solos sont énergiques, complexes, parfois féroces, mais jamais démonstratifs. On sent la maîtrise, bien sûr, mais surtout le plaisir de se répondre, de se relancer et de faire monter la température sans perdre le fil.

Et au centre de tout ça, il y a Raymond Simpson. Sa voix est douce, précise, portée par un grain soul qui attrape l’émotion au bon moment. À certains instants, il évoque cette grande tradition de chanteurs capables de faire danser une foule tout en lui laissant une vraie charge émotive. Une voix qui rappelle parfois Stevie Wonder dans sa chaleur et sa portée, sans jamais tomber dans l’imitation.

Quand un groove né dans les années 70 refuse de vieillir

Mais le concert du Jazz Fest a surtout prouvé que le groupe n’est pas là pour présenter une pièce de musée. La liste de chansons faisait dialoguer les fondations et le renouveau. Des classiques comme Bra et Dove trouvaient leur place aux côtés de pièces plus récentes, dont Sweeden et How We Roll. C’est d’ailleurs cette dernière qui m’a fait découvrir le groupe. Dès les premières écoutes, j’ai été accroché par cette maîtrise : une musique fluide, dense, parfois complexe, mais toujours portée par un instinct mélodique et rythmique qui garde l’ensemble vivant.

Malgré la richesse des arrangements, les rythmes qui se croisent, les interventions des vents et les lignes de basse constamment en mouvement, Cymande ne donne jamais l’impression de chercher à impressionner. La complexité est là, mais elle s’intègre naturellement au groove. On peut s’arrêter à un motif de guitare, suivre une montée des cuivres ou simplement se laisser porter par la pulsation collective.

Mais cette fluidité se fissurait au bon moment. Lorsque venait l’espace des solos, chacun pouvait sortir un peu de la trame collective pour faire parler son instrument. Les improvisations devenaient alors plus flamboyantes, parfois carrément spectaculaires, comme une petite permission de prendre le spotlight. Et pourtant, rien ne virait à la démonstration solitaire : autour, les sourires, les regards complices et les encouragements des autres musiciens rappelaient que chaque envolée restait portée par le groupe. Chez Cymande, même le show-off se fait dans le plaisir de jouer ensemble.

C’est sans doute cette fluidité qui explique pourquoi leur musique continue de résonner autant, plus de cinquante ans après leurs débuts. Cymande ne se contente pas de revisiter un héritage : le groupe le remet en mouvement. Entre la précision des musiciens, le plaisir évident de jouer ensemble et la force tranquille de leurs nouvelles pièces, le concert rappelait qu’un son peut appartenir à une époque sans jamais y rester enfermé.