Un hommage émouvant et solennel

Feu sacré, présenté le 1er août sur l’esplanade du Stade olympique pour souligner le 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal, a misé sur l’émotion et la nostalgie comme trame. La date n’avait d’ailleurs rien d’anodin : elle marquait, jour pour jour, les cinquante ans de la cérémonie de clôture des Jeux de 1976.
Produit par Multicolore sous la direction artistique d’Hallucination Collective, le spectacle annonçait un grand rendez-vous réunissant musique, danse, cirque et archives. En découvrant la distribution, je m’attendais à une célébration plus festive. J’ai donc été surprise par l’empreinte très solennelle de la soirée. Cela n’a toutefois pas empêché les milliers de personnes réunies au pied du Stade olympique de profiter d’une de ces magnifiques soirées d’été dont Montréal a le secret.

Le coup d’envoi a été donné par Loud avec D’où je viens, une création imaginée spécialement pour l’occasion. Le tandem formé de Pierre Houde et de Maude Lanteigne à l’animation surprenait. Si la complicité était au rendez-vous, j’aurais aimé voir Pierre Houde intervenir davantage dans des segments consacrés aux souvenirs sportifs, un registre où sa voix est intimement liée à notre mémoire collective.
Quelques pépins techniques ont ralenti le rythme de la soirée, sans toutefois en altérer l’esprit. Et puis il y a eu ce moment typiquement montréalais : la foule qui lance spontanément une vague avant d’entonner un enthousiaste « Olé, Olé, Olé ». L’arrivée de Robert Charlebois a aussitôt fait monter la température. Avec Je reviendrai à Montréal, puis Je t’aime comme un fou, le monument de la chanson québécoise l’autorité nécessaire pour recommencer une chanson car il trouvait que la foule manquait d’entrain devant lui et ça a marché!

Parmi les plus beaux tableaux de la soirée, impossible de passer sous silence le duo des danseurs cubains Yelda Del Carmen Leyva Espinosa et Yoherlandy Tejeiro Garcia. Leur prestation, portée par Je t’aime, l’hymne des Jeux de 1976, dialoguait avec les images d’archives des athlètes et les témoignages de plusieurs champions de l’époque, dont Caitlyn Jenner. Un moment d’une grande élégance.
L’émotion a atteint un autre sommet avec les hommages à Sylvie Bernier, Bruny Surin et Nadia Comăneci. En revoyant les images du relais victorieux de Surin aux Jeux d’Atlanta, je me suis rappelé la jeune adolescente que j’étais en 1996, rivée devant son téléviseur. Ces souvenirs personnels rejoignaient ceux de toute une génération.

Le tableau des 7 Doigts de la Main, accompagné d’archives de Montréal sur À Montréal de Grand Corps Malade, comptait également parmi les moments les plus inspirés de la soirée. Ariane Moffatt, lumineuse et dynamique, a ensuite offert une vibrante interprétation de Je reviendrai à Montréal, avant que la soirée ne s’achève avec Rosemarie Boivin, gagnante de La Voix 2026. Malgré des problèmes techniques qui ont nui à son dernier numéro, la jeune chanteuse a conclu ce voyage entre mémoire et célébration avec sensibilité.
Plus qu’un spectacle-anniversaire, Feu sacré aura surtout été une lettre d’amour à Montréal : une ville façonnée par ses exploits sportifs, sa culture et cette capacité unique à transformer les souvenirs en moments de communion.


