Que Dieu sauve le roi, les Sex Pistols ne le feront pas.

Par : Marin Agnoux
Aujourd’hui, presque comme une habitude, on s’immisce pour confronter les grands murs de l’Olympia qui, malgré le temps, ne sont jamais sortis marqués d’un fer au rouge vif dans notre esprit. Les cuirs, les anarchistes et les cheveux verts en bataille, qui ont sûrement pris la moitié de leur journée pour être si bien travaillés, grouillent dans la salle. J’évite quelques paires d’épaules et de bottes hautes pour me frayer un chemin sur les abords de la foule qui n’attend qu’une chose. Ce soir, on nous a promis de revoir les Sex Pistols, dans leur histoire avec Johnny Rotten, ancien chanteur, qui joue maintenant avec PIL.
Tout le monde savait que sa présence n’était bien sûr pas de la partie et que tout serait différent. Les attentes de chacun semblent exister dans le mitige. J’entends quelques mots dans la foule de gens inquiets sur la présence d’un autre chanteur. De mon côté, j’avais confiance. Frank Carter, qui a rejoint le groupe pour la tournée et prendre la voix, n’a rien d’un choix anodin. J’étais même profondément persuadé que c’était le meilleur qu’il pouvait faire. Entre ses débuts dans le hardcore anglais et ses nombreux projets qui, sur scène, reviennent toujours à sa culture punk, dans laquelle il a sûrement grandi à Hemel Hempstead, Frank Carter sera le provocateur anglais parfait pour chanter aux côtés des premiers punks.

Après quelques morceaux et les premières quinze minutes, la foule commence à sortir de son litige personnel avec son bon purisme. OUI, Carter n’a rien à envier à personne, que ce soit sur No Feelings, Anarchy in the UK ou même encore My Way de Sinatra pour la touche finale. Les Sex Pistols, encore composés de Paul Cook (batterie), qui semble toujours autant s’amuser à sauter sur chaque battement de caisse claire, Steve Jones (guitare) et Glen Matlock (basse), qui, nous pouvons le dire, n’ont jamais été de très bons musiciens, mais c’est donc bien le sujet ici. L’essence même d’un punk rapide, brutal, à trois accords, a toujours suffi pour insuffler une révolution.
La musique n’a rien d’intellectuel ou de quelconque grand savoir, c’est une énergie, une envie vive qui nous prend quand on a un instrument dans les mains, et il y a 50 ans déjà, les Pistols nous le faisaient bien comprendre dans l’anarchie cathartique du punk anglais des années 70.

Une fois les vieux punks de la soirée conquis et les jeunes, les étoiles dans les yeux, nous pouvions enfin nous défouler, et le terme n’a rien d’un superlatif. Frank Carter, lui aussi en train de vivre son rêve d’enfant, sautait, crachait et nous regardait, brûlant de vie. Sous la grisaille des cheveux du groupe, les guitares, elles, dérapent, se déchirent et s’acèrent sans avoir pris une ride. D’une simplicité efficace, la hargne d’antan n’a donc vraiment pas changé. Comme quoi, moi qui m’imaginais qu’être un vieux punk était contradictoire à l’énergie du mouvement, comme m’avait dit plus jeune un musicien français étant devenu comptable, j’étais donc bien prétentieux de penser ça.
Le punk survit et nous survivra, alors autant l’imprégner jusqu’à tant qu’on ne puisse plus. L’âge ne fait pas un punk, ses idées, oui, et je pense croire (peut-être naïvement) que les Sex Pistols en ont gardé toutes les clés.

Les Sex Pistols revivent le temps d’une tournée bien inattendue, au plus grand bonheur de chacun.


