Une histoire qui dépasse la musique

Par : Bruno Miguel Fernandes
Il n’y a pas si longtemps, Castle Rat se produisait dans l’intimité du Piranha Bar, à Montréal. Depuis, la formation new-yorkaise a foulé la scène du Centre Bell en première partie d’Amon Amarth et Dethklok, avant de revenir au Théâtre Beanfield en tête d’affiche. pour leur Summon The Beasts Tour 2026 Une belle ascension pour une musique qui ne cherche pas nécessairement à plaire à tout le monde.
J’ai découvert Castle Rat grâce à un ami. Si leur doom metal ne correspond pas nécessairement à ce vers quoi je me tourne habituellement, certains riffs avaient tout de même piqué ma curiosité. Mais au-delà de la musique, c’était surtout leur univers fantastique, leurs personnages et la dimension théâtrale de leurs prestations qui m’intriguaient. J’avais donc l’impression de m’en aller voir bien plus qu’un simple concert de metal. Restait à voir si la Rat Queen et sa troupe sauraient donner vie à tout cet univers sur scène.
Aux portes du royaume

Wraith Knight, projet solo de Nick Superchi originaire de l’État de Washington, ouvrait les festivités. Seul derrière ses claviers, le musicien nous plongeait dans le dungeon synth, un genre instrumental inspiré des univers médiévaux et fantastiques. Ses mélodies évoquant la trame sonore d’un jeu de rôle cadraient bien avec la soirée.
J’ai toutefois eu plus de difficulté à m’y accrocher en spectacle. Les longues séquences répétitives et les percussions plutôt simples créaient certaines longueurs, tandis que la musique accompagnait parfois les conversations plutôt que de retenir l’attention. C’était ma première expérience du genre sur scène, et j’apprécie toujours les artistes qui partagent leur passion, même si cette proposition m’a laissé sur ma faim.
La princesse est dans un autre royaume

Unto Others prenait ensuite le relais avec son mélange de heavy metal, de rock gothique et de post-punk. Originaire de Portland, la formation réunit Gabriel Franco au chant et à la guitare, Sebastian Silva à la guitare, Brandon Hill à la basse et Colin Vranizan à la batterie.
J’ai trouvé les premières compositions plutôt monotones, avec des riffs que j’aurais aimé entendre enrichis de mélodies plus accrocheuses. Sur scène, Franco cherchait à faire lever la foule, mais demeurait plutôt statique, avec sa voix grave caractéristique du rock gothique. À ses côtés, Silva multipliait les mouvements et les poses flamboyantes empruntées au heavy metal, tandis que Hill semblait chercher sa place entre ces deux énergies bien différentes, donnant à l’ensemble une allure quelque peu décousue.
J’ai toutefois trouvé que les différentes présences sur scène manquaient parfois de cohésion, donnant l’impression d’une direction artistique moins affirmée que celle des autres formations. Heureusement, l’arrivée d’une pièce aux allures de power ballad est venue donner un second souffle à la prestation. Les compositions qui ont suivi gagnaient en intensité et en variété, avec davantage de changements de tempo, des interventions plus complexes à la batterie et des solos de guitare qui apportaient enfin cette richesse musicale qui me manquait jusque-là. La foule embarquait davantage, et l’énergie s’est maintenue jusqu’à la fin.
Si Unto Others ne m’a pas particulièrement convaincu, la formation a tout de même su communiquer son énergie à une foule de plus en plus réceptive. Une prestation somme toute agréable qui aura rempli son rôle de première partie, sans nécessairement m’avoir marqué davantage.
Quand le royaume prend vie

C’était enfin au tour de Castle Rat de prendre possession du Théâtre Beanfield. Dès Dagger Dragger, rapidement suivie de WIZARD, la formation annonçait ses couleurs. Je m’attendais à bien plus qu’un simple concert de doom metal, et disons que la Rat Queen et sa troupe n’ont pas mis longtemps à me donner raison!
À la tête de ce royaume fantastique, Riley Pinkerton, alias la Rat Queen, était accompagnée de Franco Vittore, le Count, à la guitare, de Charley Ruddell, le Plague Doctor, à la basse et de Joshua Strmic, le All-Seeing Druid, à la batterie. Tous incarnaient leurs personnages avec un plaisir visiblement contagieux.
Musicalement, j’ai particulièrement apprécié la puissance que prenaient les compositions sur scène. Si certains riffs demeuraient simples et parfois répétitifs, ils trouvaient leur sens dans l’atmosphère installée par le groupe. La voix de Pinkerton, souvent aérienne et presque éthérée avec ses longues notes soutenues, ajoutait une texture supplémentaire à ces mélodies lourdes et sombres. Quant à la force de frappe de Strmic à la batterie, elle donnait une autre dimension à l’ensemble, avec des subtilités aux cymbales que j’ai bien apprécié.
Chaque musicien avait aussi l’occasion de briller individuellement. Les solos de batterie, de guitare, et surtout celui de bass avec son filtre qui donnait l’impression d’un solo de synthétiseur variaient le spectacle. Celui du Count, accompagné d’un enregistrement d’orgue, cadrait d’ailleurs parfaitement avec son personnage de vampire.
Il était une fois… un bestiaire bien vivant

Mais c’est surtout dans sa dimension théâtrale que Castle Rat se démarquait. Au fil de DRAGON, UNICORN et SERPENT, les différentes créatures prenaient vie sur scène, incarnées par des personnages aux costumes visiblement confectionnés avec amour. Leurs apparitions s’accompagnaient de mises en scène et de récits qui enrichissaient les compositions, tout en nous plongeant davantage dans l’univers fantastique du groupe. Le spectacle culminait avec un duel entre la Rat Queen et la Rat Reaperess. Après avoir succombé aux attaques de sa rivale, notre reine était ramenée à la vie par le Plague Doctor. Une façon originale de laisser entrevoir la suite de leurs aventures.
Ce qui m’a particulièrement charmé, c’est le sérieux avec lequel les artistes embrassaient un univers qui, lui, ne se prenait pas toujours au sérieux.
Malgré son côté artisanal et parfois déjanté, tout était pleinement assumé, donnant à l’ensemble une authenticité qui faisait tout son charme. Le plaisir des artistes était contagieux et donnait envie d’embarquer dans leur jeu. Un enthousiasme qui se ressentait tout autant sur scène que dans la foule
Quelques mosh pits avaient ponctué la soirée, mais c’est particulièrement lors du rappel que les choses se sont intensifiées. Après Cry for Me, SIREN a emporté la foule dans un mouvement énergique pour conclure le spectacle sur une note festive.
La morale de l’histoire

Au-delà des riffs et des costumes, c’est cette capacité à faire vivre tout un univers qui m’a le plus marqué. Moi qui n’étais pas conquis d’emblée, je comprends mieux l’engouement entourant Castle Rat.
Je suis ressorti du Théâtre Beanfield avec le sourire, heureux d’avoir découvert le groupe sur scène. Entre les personnages, les mises en scène et le plaisir contagieux des musiciens, je n’ai tout simplement pas vu le temps passer! Même si leur doom metal ne fait pas partie des styles vers lesquels je me tourne naturellement, cette expérience m’a donné envie de revisiter certaines compositions. Et si vous êtes dans la même situation que moi, laissez-leur une chance en spectacle. Après tout, pas besoin d’être un amateur du genre pour apprécier une petite visite dans le royaume de la Rat Queen!


