Apashe et la Maison symphonique, une fusion extraordinaire!

Par : Lynda Ouellet, Jean Lapierre et Bruno Miguel Fernandes
C’est notre première rencontre avec cet artiste d’origine belge et d’adoption montréalaise. Sa musique électronique et son style musical sont bien loin de notre univers générationnel à moi et à Jean. Bruno Miguel Fernandes, également journaliste à notre tribune, nous lance : « Ne manquez surtout pas Apashe ! ». Lui-même est venu avec dix de ses ami(e)s voir Apashe x OSM.
Nous avons décidé d’écrire cet article en collaboration. Nous, néophytes de ce genre musical et Bruno, connaisseur depuis longtemps d’Apashe.
Les néophytes!
En premier lieu, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) est fidèle au poste, sous la direction de Dina Gilbert, cheffe d’orchestre. Les Chœurs des Petits Chanteurs de Laval sont également de la partie, avec leur chef de chœur, Philippe Ostiguy. Puisque Hugo Bégin assure l’orchestration, on se dit que cette soirée est entre de bonnes mains.

Nous connaissions peu l’univers d’Apashe avant ce concert, et c’est justement ce qui a rendu la découverte aussi intéressante. Son approche consiste à faire se rencontrer la musique électronique et l’écriture orchestrale, non pas en utilisant l’orchestre comme simple accompagnement, mais en lui donnant une place centrale.
Avec l’OSM déployé dans toute sa richesse — percussions, cloches, grand piano, octobasse — auquel s’ajoutaient un chœur remarquable et les nombreux artistes invités, la démonstration était particulièrement convaincante. Il faut mentionner la place importante qu’Apashe a donnée à l’orgue Pierre Beique.
La Maison symphonique s’est révélée un écrin exceptionnel pour cette rencontre. La qualité et la précision du son, Apashe dans une brève allocution nous l’a mentionné, permettaient de ressentir à la fois la puissance de la musique électronique et toute la richesse de l’orchestre et du chœur.

Les effets lumineux et les projections, d’une ampleur que nous n’avions encore jamais vue dans cette salle, l’ont complètement métamorphosée sans lui faire perdre son caractère. Au centre de tout cela, Dina Gilbert dirigeait avec une énergie et un enthousiasme manifestement communicatif. On sentait non seulement sa maîtrise de l’ensemble, mais aussi son plaisir d’être au cœur de cette expérience musicale inhabituelle.
Ce qui nous a également marqués est l’atmosphère dans la salle. Malgré la puissance du spectacle, il se dégageait de l’auditoire une étonnante combinaison de joie, d’enthousiasme et de sérénité. Des univers et probablement des générations différentes se retrouvaient autour de la même musique. Les prestations de Wasiu, Alina Pash, Geoffroy, YMIR, Cherry Lena, KROY et Lia Kuri contribuaient chacune à cette diversité, sans briser l’unité du spectacle.
Nous sommes entrés à la Maison symphonique sans être connaisseurs d’Apashe; nous en sommes ressortis avec le sentiment d’avoir assisté à l’un des meilleurs spectacles que nous ayons vu et, surtout, à une formidable démonstration de ce que peut être la musique symphonique au XXIe siècle.
Le connaisseur!
Pour ma troisième rencontre avec Apashe, je savais que ce ne serait pas son spectacle le plus déchaîné. Cette fois, je voulais surtout plonger dans ses compositions et prendre le temps d’en apprécier toute la finesse, parfois masquée par la distorsion et les basses fracassantes. Sachant qu’Apashe compose lui-même la majorité de ses sections symphoniques, souvent avant même d’y intégrer l’électro, j’avais particulièrement hâte de les entendre prendre une nouvelle dimension avec l’OSM.

Après avoir ouvert la soirée sur les notes de piano de Devil May Cry, sa collaboration avec Sofiane Pamart, Apashe nous a offert un enchaînement magistral d’ORATORES, RIP, Catch Me et Work, une parfaite démonstration de ce que j’étais venu chercher. Les passages symphoniques, considérablement développés, laissaient chaque nuance s’installer, jusqu’à ce moment de silence où le chœur fait son entrée, juste avant que le rythme électro éclate. C’est là que j’ai eu mon véritable « wow ». Ce n’était plus simplement de l’électro accompagné d’un orchestre, mais une véritable œuvre symphonique assumant pleinement sa dimension électronique.
Ça ne veut pas dire qu’Apashe avait perdu son mordant! Lord & Master et Revenge of the Orchestra m’ont replongé dans l’intensité de ses spectacles habituels. Le délicat solo du premier violon qui ouvrait Lord & Master contrastait avec la brutalité des rythmes qui suivaient. L’OSM réussissait à épouser les textures parfois dissonantes de sa musique, entre frottements grinçants des cordes et interventions sèches des cuivres. Petit plaisir de métalleux : YMIR s’est même permis son scream sur Never Change, plus retenu qu’à l’habitude, mais franchement satisfaisant à entendre dans la Maison symphonique!

Pour un clin d’œil à Uebok (Gotta Run), Apashe a laissé l’orchestre mettre pleinement en valeur une mélodie folklorique russe que Tchaïkovski avait lui-même reprise dans sa Quatrième Symphonie. Sans électro ni artifices, il nous a permis d’apprécier toute la puissance de cette musique dans sa forme classique. Une autre occasion de mieux comprendre l’artiste et surtout, de saisir toute l’ampleur de son amour et de son respect pour la musique classique.
Cette générosité artistique ne se limitait d’ailleurs pas à l’orchestre. J’ai aussi retrouvé avec plaisir ses fidèles collaborateurs, notamment Wasiu, avec qui il a conclu la soirée sur l’incontournable Majesty. Mais c’est la place accordée à Alina Pash avec Kyiv, qui m’a le plus profondément touché.

Alors que l’orchestre reprenait doucement la mélodie, plusieurs chanteuses du choeur traversaient les allées, lanternes à la main. Puis, des sirènes et des bombardements ont envahi la salle. Alina a rappelé que ces sons, que nous associons souvent à la fiction, font partie de son quotidien en Ukraine. Malgré cette réalité, son discours était empreint d’espoir : préserver les petits bonheurs, maintenir vivante sa culture.
Durant sa performance, ses regards et ses gestes de danse d’encouragement envers les chanteuses qui l’entouraient rendaient ce moment profondément humain. Même en le racontant le lendemain, j’avais encore les émotions à fleur de peau. J’ai trouvé admirable qu’Apashe lui laisse autant d’espace pour porter son message.

Sur Human, quel plaisir d’entendre le chœur soutenir le refrain de Wasiu, avant que l’orchestre et l’électro repartent de plus belle! Un passage que j’adorais déjà, mais qui prenait une tout autre dimension avec la puissance de l’OSM. Et c’est là toute la beauté de la rencontre entre Apashe et l’OSM : une occasion unique de redécouvrir des compositions que j’aime déjà, tout en ayant l’impression de mieux connaître l’artiste qui les a imaginées.
Une conclusion unanime!

Malgré la sortie d’une supplémentaire, le spectacle Apashe x OSM a affiché complet rapidement pour les trois représentations de Montréal. Ce spectacle rappelle surtout que la musique dite « classique » n’appartient pas au passé : son langage, ses instruments et sa puissance expressive peuvent être profondément actuels lorsqu’ils rencontrent d’autres formes musicales.
Pour découvrir ou suivre Apashe, consulter ce lien.
Crédit photo : Antoine Saito







