Trois énergies, une foule étonnamment réservée.

Par : Bruno Miguel Fernandes
Evanescence a probablement été un groupe iconique pour beaucoup de gens. Je pense à mes compatriotes milléniaux : difficile d’avoir traversé les années 2000 sans entendre Bring Me to Life, My Immortal ou Call Me When You’re Sober. Des classiques qui restent agréables en plus d’être des bons choix de karaoké.
Je ne me suis toutefois pas tenu à jour depuis leur période de gloire, avec Fallen et The Open Door. La soirée montréalaise d’hier dans le cadre de leur tournée mondiale, dans la foulée du récent lancement de Sanctuary, m’offrait donc une bonne occasion de voir où en était rendu le groupe. L’affiche ajoutait à ma curiosité : Nova Twins, duo britannique aux accents punk-hard rock, et Spiritbox, formation canadienne de métal moderne, assuraient les premières parties. Une soirée portée par trois vocalistes féminines aux approches très différentes, entre l’énergie abrasive de Nova Twins, la brutalité de Spiritbox et les grandes envolées mélodiques d’Evanescence. Je voulais voir si le groupe était resté frais et moderne ou s’il allait surtout s’appuyer sur ses classiques.
L’énergie avant le monde

Le Centre Bell était rempli à environ un tiers lorsque Nova Twins est monté sur scène. Amy Love, à la guitare et au chant, et Georgia South, à la basse, épaulées par un batteur, ont d’abord joué devant un public dispersé. Leur proposition repose sur une énergie punk/hard-rock assumée : look abrasif, riffs accrocheurs et agressivité ludique.
Choose Your Fighter, avec sa ligne de basse accrocheuse, puis Monsters et Glory ont maintenu l’énergie. Les pistes d’accompagnement étaient parfois très présentes, sans enlever le plaisir de voir Georgia South attaquer sa basse avec précision ni la complémentarité entre sa présence physique et l’énergie d’Amy Love. Les gens présents ont fini par embarquer. Un échauffement réussi malgré le défi de ne pas jouer devant une aréna pleine.
La lourdeur sans le mouvement

Le groupe de Victoria, fondé par Courtney LaPlante et Mike Stringer, avec Josh Gilbert à la basse et Zev Rose à la batterie, n’est plus vraiment un secret bien gardé du métal moderne. Fort de trois nominations aux Grammy Awards dans la catégorie Best Metal Performance, Spiritbox injecte une brutalité moderne dans des refrains capables de rester en tête.
Il y a plusieurs similitudes entre les trois groupes : une voix féminine au centre, des passages cleans émotifs et une grande portée mélodique. Tsunami Sea l’a démontré avec LaPlante qui traversait des jets de mousse qui servaient le visuel.
Là où les groupes diffèrent radicalement, c’est dans le poids de la distorsion. Chez Spiritbox, la guitare est saturée, les breakdowns sont lourds, et les cris graves et vibrants de LaPlante ajoutent une couche supplémentaire qui engloutit déjà la guitare dans ces moments brutaux.
Holy Roller démarre avec une intensité franche et a activé un mini-moshpit d’une dizaine de personnes. Circle With Me, avec son breakdown au lick de guitare dissonant, a rappelé à quel point Spiritbox sait faire cohabiter le chant et la violence sonore. Mais ces passages ont généré peu de réaction. Toutes les tentatives du bassiste pour faire danser la foule ont fini en pétard mouillé. J’ai trouvée la foule très statique : très peu de headbanging, de devil horns levés ou de mouvement collectif. C’est subjectif, mais inhabituel dans un spectacle métal.
J’avais déjà vécu un sentiment semblable lorsque Polaris avait ouvert pour Electric Callboy le mois dernier, mais le contraste était ici plus flagrant. Cela n’avait rien à voir avec la qualité de Spiritbox, qui a été excellente. Le line-up n’allait peut-être simplement pas chercher les codes habituels du public d’Evanescence. Devant autant de beauté brutale, je m’attendais à plus de mouvement collectif.
La voix qui traverse les époques

Evanescence débute avec une production soignée et visuellement attrayante. Fumée, pyrotechnie, confettis et visuels sombres et rougeâtres liés à l’univers de Sanctuary installent le ton. Les plateformes sur deux niveaux reliées par une pente permettent aux musiciens de se déplacer et ajoutent du dynamisme à des chansons déjà dramatiques. Amy Lee occupe le premier plan, entourée de Troy McLawhorn et Tim McCord aux guitares, Emma Anzai à la basse et Will Hunt à la batterie.
À mon sens, c’est vraiment la voix d’Amy Lee qui fait le groupe. Puissante et précise, elle porte les refrains les plus accrocheurs. Déjà avec Fallen et The Open Door, je percevais Evanescence comme une forme de métal plus accessible. Je voulais voir si le groupe avait évolué vers quelque chose de plus intense. Après Spiritbox, le contraste m’a forcé à recatégoriser ce que j’entendais : Evanescence demeure davantage rock, hard rock et parfois pop-rock, avec une identité plus accessible.
Not Afraid to Die a offert un mini-moment d’intensité, avec des frappes de batterie plus assumées. Mais le « poum-pac » qui revient dans un bon ensemble de chansons me ramenait à cette impression de simplicité liée à leur époque de gloire. Ce rythme apporte tout de même de l’énergie en concert. C’est une préférence personnelle : je suis habitué à une charge ou une complexité plus marquée, une attente que Spiritbox venait forcément d’activer, et non un jugement sur la performance d’Evanescence.
La rencontre des univers

Après Going Under, Amy Lee s’est installée au piano dans une séquence plus nuancée, où les cymbales venaient ajouter une texture bienvenue. Les power ballades ne correspondent pas toujours à mon tempo préféré, mais elles demeurent efficaces et profondément Evanescence. Bring Me to Life a galvanisé la foule, même si elle est restée plutôt statique. Beautiful Lie a ramené une belle énergie, tandis que Fight Like a Girl a permis à Courtney LaPlante de rejoindre Amy Lee. L’ajout de Nova Twins pour la section plus énergique du morceau a confirmé la complémentarité des trois vocalistes.
My Immortal a ensuite commencé avec Amy Lee seule au piano, avant que Wide Open Heart ne ferme le spectacle. Une façon de terminer qui disait clairement qu’Evanescence ne vit pas uniquement de ses souvenirs. Les fans venus pour les classiques ont eu ce qu’ils espéraient, mais le groupe a aussi montré qu’il possède encore une présence réelle aujourd’hui avec des titres plus récent comme Afterlife et Who will you follow.
Au final, cette affiche a été une belle démonstration d’ouverture. Spiritbox offrait une porte d’entrée vers quelque chose de plus brutal, porté par les screams et les breakdowns. Evanescence, à l’inverse, a livré une performance cohérente avec ce que son public venait chercher : une voix marquante, des refrains rassembleurs et des classiques qui gardent leur place. Le contraste rendait l’expérience intéressante.


