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Évangéline Première médiatique

Soir de grande première pour Évangéline

Crédit photo: Gabriel Talbot

Par : Mylène Groleau

C’est à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts que la pièce contemporaine de l’histoire du peuple Acadien, Évangéline a été présentée en grande première jeudi dernier. Une première médiatique hautement attendue.

On y découvre les souffrances d’une nation déportée et déracinée, mais dont la résilience et la résistance se déploient dans cette fresque historique. L’histoire d’un peuple dispersé à travers l’Amérique résonne comme des milliers de cœurs déchirés, en parallèle avec la romance d’Évangéline et Gabriel.

Le peuple Autochtone peut apprécier leur présence dans cette histoire qui fut offerte avec des apparitions écrites par les auteurs et le metteur en scène, Jean-Jacques Pillet, qui ont pris aussi le soin d’offrir une place remarquable à la Nation Mi’Kmaq. Leur culture est évoquée autant par des gestes et des coutumes symboliques que par des paroles profondes, exprimées dans une langue qui inspire à la fois paix et respect.

Des interprètes magistraux

Crédit photo: Gabriel Talbot

Nous avons eu droit à des interprétations enlevantes, portées par une puissance vocale qui offrait à chaque artiste son moment de gloire. Maude Cyr-Deschênes, dans le rôle d’Évangéline Bellefontaine, est absolument époustouflante. La candeur et la fougue qu’elle insuffle à son personnage donnent à Évangéline une présence solide et touchante. Elle porte le poids du rôle avec une aisance remarquable, et sa voix résonne dans l’auditoire avec une intensité marquante.

Olivier Dion, en Gabriel Lajeunesse, livre lui aussi une performance solide. Son personnage, un peu plus effacé dans la scénarisation pour laisser place à l’histoire de la déportation, n’en demeure pas moins vibrant. Sa présence sur scène nous touche à chaque instant et fait oublier le reste.

Sœur Marguerite, incarnée par Nathalie Simard, apparaît au deuxième acte. En religieuse rebelle, elle se révèle tout aussi convaincante dans son jeu que dans sa prestation d’Au nom de toutes les femmes, l’un des moments forts de la soirée. L’ovation — brève, puisque les scènes s’enchaînaient — fut néanmoins généreuse et sincère.

Matthieu Lévesque campe un Baptiste Leblanc parfaitement détestable. Le rejet d’Évangéline le plonge dans un torrent de jalousie et d’hypocrisie qui le mène à trahir son propre peuple. Une déchéance que l’acteur porte avec justesse et qu’il transmet habilement.

Océane Kitura Bohémier Tootoo interprète Hanoah, amie et confidente d’Évangéline, un personnage empreint de douceur mais puissant par sa présence. Elle incarne la paix et l’unification des peuples avec une grande sensibilité.

Une succession de personnages gravitent autour des rôles principaux en soulevant l’auditoire. Tour à tour ils nous transportent dans la joie et la légèreté, dans les convictions et la loyauté du peuple acadien. Des qualités essentielles démontrant la résilience de ce peuple : Raphaël Butler (Beausoleil et figure marquante de la résistance acadienne), Guillaume Rodrigues (François Hébert), Noémie Durand (Jeanne), Dominique Côté (Benoît Bellefontaine, père d’Évangéline et maire de Grand-Pré), Laurent Lucas (Père Félix).

Frayne McCarthy, dans le rôle de John Winslow, officier britannique, incarne quant à lui le personnage que l’on aime détester. Il représente à lui seul l’exécution de la déportation en appliquant l’ordre de l’exil forcé.

La liste est vaste pour la distribution, mais nous ne pouvons passer sous silence Eloi ArchamBaudoin qui interprète différents rôles et les danseurs : Cyndie Forget Gravel, Zachary Bastille, François Richard, Andrew Mikhaiel, Roxane Duchesne-Roy, Evelynn Aroussen, Jake Merryn, Yelda Del Carmen, Yan Gros-Louis, Poloz Kritzinger et Leyva Espinosa. Leur travail scénique, en mouvement constant, fait vivre les décors et fait virevolter les tissus des costumes, ajoutant une dimension visuelle naturelle et envoûtante.

Une fresque historique

Crédit photo: Gabriel Talbot

Comme la musique et la chanson ont toujours occupé une place importante dans la culture acadienne, transposer ce tragique bout d’histoire en musiques et en danses allait de soit.

Nous sommes loin de la comédie musicale remplie de légèreté tant le sujet tourne plus autour du drame. Les scènes nous transcendent en spectacle d’envergure, voir un opéra de style dramatique, remplie d’une belle poésie puissante face aux événements présentés plutôt qu’en folklore culturel.

Si je puis me permettre, je m’étais attendue à des notes parfois un peu plus folkloriques, sorties tout droit des bayous du Mississippi, du cajun de la Louisiane.

Les paroles se font parfois oubliées puisque la sonorisation des instruments prend un peu plus de place. Nul doute que cette technicalité aura été ajustée depuis. La scénique nous déplace d’un tableau à l’autre en mouvance légère. Les détails techniques se font en douceur permettant à l’auditoire de se concentrer sur l’essence du déroulement, de l’histoire.

On nous a suggéré la grande histoire d’amour entre Évangéline et Gabriel mais elle fut éclipsée par une présentation de la déportation entourant celle de ces deux cœurs esseulés.

Toutefois la chronologie est bien ficelée. Bien exploitée. Bien décrite et racontée. Nous faisant, malheureusement, un peu délaissé par l’essence de l’amour séparé, retrouvé mais jamais oublié que nous étions venu voir et entendre.

Une soirée a vacillé entre amour, perte, rébellion, résilience, retrouvailles et renouveau durant plus de 2h30. Nous subjuguant à chaque emportée musicale. Une finale attendue avec l’intemporelle Évangéline qui trouva ses origines dans le poème épique de l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow en 1847. Elle fût suivi par Des amants Légendaires, résumant cette légendaire histoire d’amour.

 

Voici la galerie photos de Gabriel Talbot.

Crédit photo: Gabriel Talbot