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Machine sur scène : Jo Cormier trouve le bon mécanisme

Une première médiatique bien huilée au Gésù

Jo Cormier
Crédit photo : Julien Faugère

Par : Bruno Miguel Fernandes

Le nouveau spectacle de Jo Cormier s’appelle Machine. Rien qu’avec ce titre, il annonce déjà un déplacement intéressant par rapport à Animal, son précédent one-man-show, que j’avais particulièrement apprécié. Là où Animal fouillait notre part d’instinct, Machine semble plutôt vouloir observer ce qu’il reste d’humain dans une époque obsédée par la performance, l’optimisation et l’efficacité. C’est d’ailleurs l’angle général du spectacle présenté au Gésù, où Jo Cormier lançait jeudi soir la première montréalaise de ce deuxième solo.

L’approbation oblique en ouverture

Mibenson Sylvain
Crédit photo : Julien Faugère

Un rythme qui ne lâche jamais

Avant même que Jo Cormier monte sur scène, la soirée était déjà bien partie grâce à une première partie franchement réussie de Mibenson Sylvain. En revenant sur son expérience de travail en shop, l’humoriste a mis le doigt sur quelque chose de très juste dans l’imaginaire québécois : ici, on valorise profondément le travail, au point où certains peuvent presque en venir à outrepasser leurs préjugés, voire leur racisme, pour accorder leur fameuse « approbation oblique » à quelqu’un qu’ils jugent travaillant. Dit comme ça, c’est déjà drôle. Mais sur scène, avec son sens du rythme, ses imitations bien senties et surtout ses mimiques faciales parfaitement on point, le numéro prenait encore plus de mordant. C’était caricatural sans jamais tomber dans la facilité, et assez efficace pour lancer la soirée de très belle façon.

Gésù
Crédit photo : Julien Faugère

Puis Jo Cormier arrive avec un spectacle qui porte bien son nom. Machine s’intéresse à notre rapport à la performance, à la technologie, aux objets du quotidien, mais sans jamais tomber dans quelque chose de trop théorique. Le spectacle reste léger, très drôle, et surtout porté par un pacing vraiment solide. C’est tight, bien punché, et ça avance avec assez d’aisance pour que l’ensemble tienne sans jamais s’essouffler. Que ce soit dans notre rapport aux outils censés nous simplifier la vie, dans certaines habitudes contemporaines complètement contre-productives, ou dans des réalités aussi anodines qu’un stationnement de Costco ou l’existence même de la montgolfière comme moyen de transport, Jo Cormier trouve constamment des angles à la fois ridicules et très justes.

Quand le banal devient franchement absurde

Machine
Crédit photo : Julien Faugère

C’est d’ailleurs là que le spectacle prend le plus de force. Pas nécessairement dans les grandes réflexions, mais dans sa capacité à faire ressortir l’absurdité tranquille de la vie quotidienne. Cormier a une bonne façon de partir de lui-même, de ses contradictions, de ses petits travers, puis d’élargir ça en observations dans lesquelles on se reconnaît facilement. Il n’essaie pas de réinventer l’humour d’observation, mais il le fait avec assez de précision, de personnalité et de rythme pour que ça frappe souvent dans le mille.

Même quand Machine s’aventure sur un terrain un peu plus personnel ou un peu plus large, le spectacle ne s’alourdit jamais vraiment. Jo Cormier garde toujours le cap sur le rire, sur l’efficacité, puis sur cette espèce de ton faussement détaché qui lui permet de faire cohabiter le niaiseux, le vulnérable et le franchement absurde. C’est un spectacle qui ne cherche pas tant à impressionner qu’à rester constamment vivant, mobile, et surtout drôle.

Observer juste assez croche

Crédit photo : Julien Faugère

Une machine comique bien rodée

Puis il faut le dire, le gag du « thumbs up pubien » compte parmi les images les plus niaiseuses et les plus efficaces du spectacle. Introduit assez tôt dans le show, il revient par moments comme un rappel absurde parfaitement assumé, puis finit par prendre une drôle de place dans l’univers de Machine. C’est cave, oui, mais c’est précisément ce genre de détail ridicule, poussé avec assez de sérieux, qui donne au spectacle une partie de son identité comique.

Avec Machine, Jo Cormier signe un deuxième one-man-show très efficace, bien rodé, puis assez solide pour ne jamais avoir besoin d’en mettre plus que nécessaire. Après Animal, il montre encore une fois qu’il a ce talent-là pour prendre des absurdités très ordinaires de la vie moderne et en tirer du matériel comique à la fois niaiseux, précis et franchement payant.

Crédit photo : Julien Faugère

Présenté en première médiatique jeudi soir au Gésù, Machine entame maintenant sa tournée québécoise. Pour ceux qui apprécient un humour d’observation bien ficelé, porté par un solide sens du rythme et un regard capable de trouver l’absurde dans les détails les plus banals du quotidien, le détour en vaut largement la peine.

Il ne reste plus qu’à souhaiter à Jo Cormier une tournée en santé, et un meilleur réflexe quand vient le temps de boire son eau quotidienne.