Montréal replongée dans les mouvements culte des années 80-90

Par : Marin Agnoux
The Veldt et The Chameleons unis pour une tournée n’étaient pas un événement que l’on aurait pu croire sans le voir. De passage à Montréal pour leur tournée nord-américaine dans la petite salle basse sous plafond du Théâtre Fairmount ce lundi 13 avril, à quelques mètres à peine des artistes, le son n’a pas besoin de beaucoup pour faire le tour et envelopper délicatement nos oreilles.
Les frères jumeaux de The Veldt, Daniel et Danny Chavis, montent sur scène dans une formation atypique qui laisse attendre à une performance bien particulière. Cinq guitares, une basse, une voix et une boîte à rythme, c’est ce qu’il faut pour faire un son névrosé par les saturations. Connus pour leur album de dream pop alternatif Afrodisiac, les Américains ont imposé leur style entre soul et shoegaze, un mélange qui n’est pas pour déplaire.

Sur scène depuis les années 90, ils ont su façonner un son ancré dans la décennie, partant des guitares planantes de Cocteau Twins au bruit ambiant de My Bloody Valentine, enrobé de voix soul et de refrains plus qu’entêtants rappelant quelque peu les projets plus tardifs de Robert Smith et The Cure. Le groupe aligné sur scène, la force des cinq guitares frappe le corps et s’étale dans de longues contemplations de sonorités traversées par la reverb et les effets de delay.
De retour avec un nouvel album, Artic Moon sorti l’année dernière, The Chameleons ont compris les rouages d’un post-punk efficace depuis leur premier projet et n’ont pas perdu la main. Séparé une première fois après leurs trois premiers albums, le groupe a connu plusieurs formations depuis. Toujours guidé par le chanteur et bassiste Mark Burgess, il s’accompagne aujourd’hui de Reg Smithies (Guitare), Stephen Rice (Guitare), Todd Demma (Batterie) et Danny Ashberry (Clavier).

Surtout réputés pour le culte Script of the Bridge sorti en 1983, les Anglais de Middleton sont restés gravés dans l’histoire de la musique post-punk et new wave, malgré une discographie parfois répétitive et sans jamais retrouver un succès tel. The Chameleons ont continué de jouer de temps à autre, en tournée et en studio. Cela ne nous a absolument pas empêchés de trépigner d’impatience à l’idée de les voir sur scène, que ce soit pour danser sur nos vieux classiques ou découvrir les nouveaux enregistrements en live. On aura d’ailleurs le droit à un hommage à John Peel un peu plus tard dans la soirée, animateur de la BBC les ayant fait découvrir lors de leurs premiers singles.
Sous les projecteurs et un public plus que ravi, Mark Burgess rentre en scène accompagné de son groupe et livre un concert qui n’a pas à envier leurs jeunes formations. Les voix, parfois sur le fil de la justesse à l’époque, ont disparu dans la sagesse et laissent place à une maîtrise plus sobre, toujours soulignée par la poésie prédominante de Burgess. Les musiciens, tout aussi doués, s’amusent dans des morceaux parfois laissés à la dérive entre simplicité répétitive punk et des nuances de couleurs apportées par les synthés new wave.

Les intros s’allongent de plus en plus, et les ponts nous embarquent dans des instants où l’univers devient flottant, les voix ponctuent chaque mesure jusqu’à mener au point culminant des refrains pop qu’on ose sans problème chanter de vive voix avec eux. Comme on savait si bien le faire dans ce mouvement, on mélange les genres, les codes et on redéfinit les critères cadrés d’une musique plus commerciale pour créer cet équilibre où l’art se laisse aller sans s’intellectualiser. C’est cet espace de liberté-là où l’on s’est tous retrouvés pour profiter d’un concert d’une époque toujours autant idolâtrée.


