Une quête inachevée

Par : Marie-Christine Jeanty
En début de semaine, mardi 25 mars a eu lieu la première de la pièce La femme de nulle part au Théâtre Denise-Pelletier. Écrite et mise en scène par l’artiste multidisciplinaire Anna Sanchez, la pièce, présentée sur les planches de la salle Fred-Barry évoque des thématiques douloureuses et délicates telles que le colonialisme, les traumas intergénérationnels.
La prémisse : c’est en découvrant une photo de sa grand-mère, alors jeune adulte, prise à Oran, en Algérie, que la vie de Nora bascule. Elle-même incapable de trouver sa place dans la société, elle partira à la recherche de ses origines, au risque d’en perdre la tête, afin de comprendre la vie de cette Femme de nulle part.
À travers ce récit, en plus du personnage central de Nora submergée par l’immensité du monde, nous retrouvons comme personnages importants un frère qui est désillusionné sur son propre avenir et peine à soutenir sa sœur, une mère blessée par le silence de son mari ainsi qu’un père emprisonné par ses tourments. Sans oublier une grand-mère rongée par la douleur et terrassée par la force de ses souvenirs.
Le personnage de Nora tout comme son père ainsi que sa grand-mère est habitée par cette intranquillité, par cette tristesse inhérente à l’existence.

Parmi les autres personnages, on retrouve Lyna, centrale pour mieux comprendre d’où vient cette douleur qui non seulement habite si profondément la grand-mère Jeanne mais rend son existence infernale. Lyna représente les rêves et les espoirs de cette jeunesse algérienne, dans cette époque révolutionnaire qui marque la guerre d’Algérie, dans une décennie marquée par des révoltes à travers le monde.
L’autrice dans cette pièce explore les dynamiques familiales, de la violence avec laquelle on s’aime et on se déchire au sein d’une même famille ainsi que la mémoire, le temps qui passe. Le jeu des interprètes est poignant, la mise en scène poétique par moment.
Si au départ, j’étais un peu perplexe alors que le public autour de moi s’esclaffait, j’ai fini par embarquer et être profondément touchée par cette proposition qui reste tout de même pour moi une quête inachevée. Il aurait fallu un pont afin de briser la dichotomie entre l’humour piquant du début et la profonde tristesse de la fin.
La femme de nulle part, écrit et mis en scène par Anna Sanchez. Avec Sarya Bazin, Delphine Gilquin, Théa Paradis, Étienne Pilon, Jules Ronfard et Isabelle Roy. À la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 12 avril!