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Archive au Théâtre Beanfield : pèlerinage vers l’Angleterre des années 90-2000

Glass Minds à l’honneur

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Par : Martin Postel-Vinay

Le collectif anglais Archive a posé ses amplis au légendaire Théâtre Beanfield, et c’est une excellente nouvelle pour tous les amateurs de post-rock, de rock progressif, de shoegaze et de trip-hop.

Partagé entre Londres et Croydon, le groupe présente son dernier album sorti cette année : Glass Minds. Depuis sa création en 1994, Archive a énormément évolué. Que ce soit par les membres du groupe ou les genres interprétés, chaque album et concert est unique par sa prestation et ses couleurs. Une chose reste : l’univers sombre, métallique, intense et vaporeux qui constitue sa signature.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Malgré une discographie plus que généreusement fournie, ils ont fait un choix radical : peu de morceaux ont été joués, mais ils ont été respectés au plus haut point. Chacun d’entre eux a été étalé sur la longueur pour permettre au public de s’immerger totalement dans ces titres.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Conséquence : ils n’ont pas joué Londinium, à mon plus grand regret, mais ils ont pu faire honneur à d’autres pièces marquantes de leur discographie. On notera particulièrement Again, qui a mis en transe la totalité du Théâtre Beanfield, qui semblait en plein rêve. Ils sont passés par Numb, Glass Minds, morceau éponyme de leur dernier projet sorti cette année, Bullets, ou encore Fuck You, accompagnée d’un discours pro-amour, qui vient terminer ce concert en fanfare, devant un public ému, chantant à tue-tête, levant les bras au ciel comme pour acclamer une figure divine.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Comme je le disais : Londinium, ce projet sorti en 1996 qui a servi à poser les bases du genre trip-hop au même titre que Massive Attack ou Portishead, n’a pas été honoré. Ils n’ont joué aucune musique provenant de cet album pourtant légendaire ; mais Archive a tellement évolué au fil des années qu’ils préfèrent se pencher sur leurs projets plus récents, plus rock, plus alternatifs. Ça s’explique aussi par le fait que les membres de 1996 sont en majorité absents, le groupe étant connu pour le renouvellement constant de ses musiciens et chanteurs, c’est pourquoi on parlera plus d’un « collectif » que d’un simple groupe.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

En parlant de trip-hop, l’énergie qu’Archive dégage sur scène me rappelle celle de Thievery Corporation, passés dans cette même salle un mois plus tôt (voir article ici). On retrouve chez ces deux groupes une capacité rare à se réinventer, à chercher sans cesse de nouvelles inspirations, de nouveaux sons, sans jamais perdre leur essence. Ce fameux je-ne-sais-quoi qui rend leur public si attaché à leur musique.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Parlons du public. J’ai dit pèlerinage ? On n’avait pas vraiment l’impression d’assister à un concert, mais plutôt d’entrer dans une cathédrale, où la foule est remplacée par des fidèles, les chansons par des hymnes religieux, et les artistes par des prophètes. La fosse danse, chante, crie, pleure, se retrouve possédée par les guitares de Dave Pen et Mike Hurcombe, les claviers de Darius Keeler, la batterie de Steve Barnard ou encore la voix de Lisa Mottram.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

L’autre point commun avec Thievery Corporation : sur scène, les musiciens vivent réellement leur concert. Eux aussi se laissent emporter par des danses extatiques, presque des transes, sur une grande partie des morceaux. Ils aiment jouer leur propre musique, et ca se ressent. Cette implication rend le concert vivant, organique, immersif. Pour renforcer encore plus cet état, les lumières sont sobres, froides, incolores, et sont uniquement là pour brouiller les silhouettes sur scène dans des rayons lumineux presque surnaturels. Parfois, lorsque les guitares se mêlent dans une frénésie dont eux seuls ont le secret, ces mêmes lumières deviennent rouges, stroboscopiques, et nous téléportent dans un univers sombre et tendu, proche de la crise d’angoisse.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Une fois terminé, les hommes et femmes qui ont ce soir fait craquer le Théâtre Beanfield se retrouvent dehors pour essayer de comprendre ce qu’ils viennent de vivre. Tristes que ça soit terminé, mais surtout heureux de l’avoir vécus.

On ne sait pas quand Archive reviendra à Montréal, ni avec quel projet ils compteront cette fois-ci nous séduire. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne sont jamais là où on les attend, et c’est précisément ce qu’on aime.

Crédit photos : Martin Postel-Vinay /Mattv