Un concert-charnière où l’intime et le spectaculaire s’entremêlent jusqu’à faire basculer la scène en émotion collective.

Ariane Roy est la seule membre du trio Le Roy, la Rose et le Lou(p) que je n’avais jamais vue en spectacle solo. Ironiquement, c’est pourtant elle que je connaissais avant même que le projet avec Lou-Adriane Cassidy et Thierry Larose ne devienne un phénomène.
Quand son passage aux Francos a été annoncé, je savais donc que je voulais y être. Après l’avoir vue prendre d’assaut la place des Festivals samedi soir, je me demande surtout comment j’ai pu attendre aussi longtemps.
Devant la plus grande foule de sa carrière, Ariane Roy a livré une performance qui avait tout d’un moment charnière. Malgré le niveau gigantesque de cette scène, on ne voit qu’elle. Elle dégage une prestance comme on en voit rarement chez une jeune artiste : sûre d’elle, rien ne semble lui faire peur. On ne peut s’empêcher de lever les yeux, tant son talent submerge.

En mars 2025, Ariane Roy a sorti son dernier album, Dogue. En février, elle en a proposé une version deluxe comprenant des versions revisitées et des collaborations avec d’autres artistes de la scène québécoise.
Dogue oscille entre des sonorités parfois rock, parfois plus électro, dans une esthétique sombre portée par des textes remplis de métaphores, souvent féministes et ancrées dans son vécu. Si vous ne connaissez pas encore son travail, c’est définitivement un bijou musical. Elle y déploie une grande aisance avec les mots et signe des mélodies franchement accrocheuses, qui restent en tête.
C’est donc avec cet album qu’elle nous a enivrés samedi soir. Elle ne se contente pas de performer, elle habite la scène. Ariane Roy est définitivement une artiste accomplie, autant au niveau du chant que de l’instrumentation. Tout au long du spectacle, elle alterne entre des moments de modulation vocale, des solos de guitare ou de piano et même quelques chorégraphies, et tout semble inné chez elle. Son travail paraît essentiel pour elle, comme s’il relevait d’une rigueur presque instinctive, une deuxième nature.

Le spectacle oscille constamment entre des moments plus théâtraux et d’autres beaucoup plus sensibles. Je pense notamment à Agneau, où elle apparaît d’abord masquée, avant que la chanson ne monte en intensité et que la scène se transforme complètement. La progression est lente, maîtrisée, puis explosive : on passe d’un silence tendu à une montée d’énergie où tout semble éclater d’un coup, autant dans la musique que dans sa présence scénique. C’est dans ces contrastes que le spectacle prend toute sa force : elle peut être à la fois très mise en scène, presque performative, puis soudainement extrêmement vulnérable.

C’est d’ailleurs ce qui rend le moment où elle dédie une chanson à sa mère particulièrement marquant. Avant de chanter Une cigarette sur le balcon, elle partage un souvenir très intime : dans les périodes plus difficiles, sa mère sortait fumer une cigarette. Malgré la peine et la douleur, c’était un moment de rencontre entre elles, un espace où elles pouvaient se montrer plus vulnérables et avoir des discussions plus profondes. Sur scène, ce souvenir prend une autre dimension. La chanson devient un moment suspendu, porté par sa voix et celle de ses choristes, qui enveloppent l’espace et accentuent encore l’émotion. Le public, complètement silencieux, semble littéralement traversé par ce moment.
Je finirai avec deux derniers moments très révélateurs de ses relations avec ses comparses de toujours, Thierry Larose et Lou-Adriane Cassidy, avec qui elle a partagé la scène de manière séparée. Le premier pour interpréter la version de Coule, qui se retrouve sur la version deluxe de son album Dogue, et la deuxième pour clore ce gigantesque spectacle avec Fille à porter, dans laquelle le public a entonné la presque totalité du premier couplet seul. Dans les deux moments, on sentait la sororité, mais aussi la fierté qu’iels ressentaient pour leur amie, qui vient de réaliser l’un des plus grands exploits de sa jeune carrière.

Ariane Roy a d’ailleurs fini le spectacle en rappelant l’importance de fréquenter des festivals comme les Francos et de continuer à découvrir des artistes québécois, parce que c’est comme ça qu’on fait vivre la musique d’ici. Elle insistait sur la diversité de cette scène, qui est précisément ce qui la rend si forte. Pour la citer : « Vive la musique québécoise ! »

Certains disent que ce spectacle sera un point tournant dans la carrière d’Ariane Roy. Sincèrement, je l’espère pour elle. C’est une artiste qui n’a plus rien à prouver, et celles et ceux qui doutaient ont sans doute été convaincus par son concert de samedi soir.
Moi, j’ai vu une artiste parfaitement en maîtrise, habitée, et prête pour des scènes encore plus grandes. Une artiste qui ne cherche pas sa place : elle l’occupe déjà.

J’aurai la chance de couvrir plusieurs spectacles au cours des prochains jours, tout comme plusieurs de mes collègues. Restez donc à l’affût pour découvrir avec nous les artistes qui feront vibrer Montréal dans la prochaine semaine. Pour plus de détails sur la programmation des Francos
Finalement, je vous laisse avec une série de photos prises par mon collègue Yagub Allahverdiyev durant le concert.
Crédit Photo : Mattv.ca / Yagub Allahverdiyev












































