Entre costumes grotesques, moments d’intimité et explosions d’émotions, l’artiste prouve encore une fois l’étendue de son univers.

Par Ariane Monzerolle
Dès les premières minutes du spectacle, on sait déjà qu’on sera transporté dans un autre univers. Sur les écrans géants, une assiette de spaghetti bolognaise apparaît, alors que sur scène, les musiciens qui accompagneront Klô Pelgag nous jouent des airs de flûte rappelant une musique reposante. C’est un peu absurde, mais on embarque immédiatement.
Puis, elle entre sur scène. Elle arbore un grand manteau très large et des bottes gigantesques. Son costume est grotesque, presque caricatural. Il y a quelque chose de profondément absurde dans cette mise en scène, comme un rêve éveillé qui, pourtant, nous semble étrangement familier. Klô Pelgag nous invite toujours dans un univers complètement déjanté, mais aussi profondément poétique, et son spectacle aux Francos ne fait pas exception.

La meilleure manière d’apprécier les spectacles de Klô Pelgag est de complètement abandonner notre sens critique, d’accepter de suspendre notre incrédulité et de plonger dans ses fabulations. Malgré la forte pluie de la soirée, la Place des Festivals est pleine à craquer pour écouter les motifs électro-pop de l’artiste, qui n’a plus besoin de nous convaincre de sa pertinence. J’ai l’impression qu’avec ce spectacle, elle assume pleinement un côté très enfantin, que ce soit dans sa manière de marcher avec ses gigantesques bottes ou dans sa voix qui rappelle parfois celle d’une enfant, douce et angélique. Elle accepte cette facette d’elle-même et la pousse à son maximum.
À plusieurs reprises dans le spectacle, on glisse dans cet univers plus poétique rempli de textures et de confort. Les arrangements sont doux et chaleureux, un peu comme un gros bandage pour le cœur. Un moment bien marquant a été la reprise de sa nouvelle chanson Le roi de la montagne, qu’elle a chantée simplement, accompagnée d’une guitare acoustique, assise sur le bord de la scène. La foule, silencieuse, l’écoutait avec une magnifique tendresse. Cette chanson qui parle de violence conjugale est si belle et aborde ce sujet sans jamais être explicite. On se concentre plutôt sur cet amour malade qui nous habite lorsqu’on vit ce genre de situation.
Un autre moment à ne pas négliger est celui où, juchée sur les épaules d’un membre de son équipe, elle navigue dans le public en chantant doucement les paroles de Les Puits de Lumière. Elle crée ce lien si intime et si précieux avec le public, d’une manière bien à elle.


Mais à plusieurs autres moments, on a aussi eu droit à des émotions crues et fortes. Je pense entre autres à sa reprise de Rémora, qui était d’une grande intensité et qui a même laissé place à la formation d’un mosh pit. On voit Klô Pelgag sauter à répétition sur la scène pour exprimer cette douleur si profonde de perdre quelqu’un et de ne rien pouvoir faire. D’ailleurs, un de mes moments forts de la soirée est lorsqu’à la fin de cette chanson, elle répète à plusieurs reprises « pour te retenir ». Ces répétitions deviennent peu à peu des cris de l’âme. Il y a quelque chose de presque animal dans la manière dont elle nous révèle ces aveux, ce qu’elle aurait dû faire… Juste d’y penser, j’en ai encore des frissons.

Tout au long du spectacle, elle joue aussi avec plusieurs éléments pour créer une expérience totalement unique. Je pense entre autres à l’utilisation d’une caméra avec laquelle elle se filme sur scène et où, malgré nous, on devient un peu voyeur de ce qui se passe. Mais il y a quelque chose de très doux, surtout lorsque c’est sa petite Vénus, âgée de six ans, qui la filme à son tour. Ou encore lorsqu’elle danse avec une lampe de poche dans le noir. Ces artifices offrent définitivement une autre dimension à son spectacle.
Finalement, durant son spectacle, elle fait un clin d’œil à Paul Piché, qui vient déambuler sur la scène quelques minutes plus tard, simplement pour nous saluer après son spectacle. Un très beau clin d’œil. Mais le moment qui aura marqué mon année est définitivement le rappel de la soirée. Elle commence à chanter Le temps des cathédrales, chanson qui a propulsé Bruno Pelletier dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris. Puis, en quelques secondes, j’entends cette voix qui m’a toujours donné des frissons. Je lève les yeux et je le vois apparaître avec sa longue crinière blanche pour entamer le refrain de cette chanson populaire.
J’écris ces mots et j’en tremble encore. C’est un moment complètement saugrenu, mais qui représente parfaitement l’univers de Klô Pelgag : un mélange improbable de beauté, d’émotion et d’absurde. Puis, comme pour refermer ce rêve éveillé, elle nous remercie et quitte la scène sur l’air de Jurassic Park, nous laissant avec une multitude d’images en tête.

J’ai eu la chance de couvrir plusieurs spectacles des Francos au cours des derniers jours, tout comme plusieurs de mes collègues. La couverture des festivals se poursuit maintenant avec les prochains grands rendez-vous culturels de Montréal, dont le Festival International de Jazz de Montréal. Restez donc à l’affût pour découvrir avec nous les artistes qui feront vibrer la ville tout au long de l’été.
Finalement, je vous laisse avec une série de photos prises par mon collègue Yagub Allahverdiyev durant le concert.
Crédit Photo : Mattv.ca / Yagub Allahverdiyev




































