Dany Boon retrouve la scène avec une liberté contagieuse

Par : Sylvie Tardif
Après sept années consacrées principalement au cinéma, Dany Boon retrouvait enfin le public montréalais à l’Olympia, le 15 juillet dernier, dans le cadre du Festival Juste pour rire Montréal. Pendant 90 minutes, l’humoriste ch’ti a rappelé pourquoi la scène demeure son terrain de jeu privilégié.
Dès les premières minutes, il donne le ton avec un numéro entièrement mimé. Jouant de l’harmonica et du tambour qui rythment son entrée, il entraîne la salle dans une chorégraphie d’applaudissements avant qu’une simple mouche imaginaire ne devienne le véritable personnage de la scène. Sa gestuelle, son sens du rythme et l’extraordinaire précision de ses expressions faciales évoquent immédiatement Jerry Lewis. Pour ma part, c’est ce grand humoriste de mon enfance qui m’est revenu en tête. On pourrait craindre un humour physique un peu désuet, presque « tarte à la crème ». Il n’en est rien. Chaque mouvement est ciselé, chaque regard raconte une histoire. On ne rit pas seulement des situations : on prend un immense plaisir à regarder Dany Boon jouer.

Cette liberté du corps ouvre la voie à un thème qui traversera tout le spectacle : la liberté de parole. En tentant de commencer une blague dont le personnage serait « une blonde »… puis « une femme »… avant de renoncer avec une fausse prudence, il s’amuse des sensibilités contemporaines. Sans mépris ni provocation gratuite, il observe comment le désir légitime de respecter chacun peut parfois rendre la parole hésitante. Il marche sur cette ligne délicate avec beaucoup d’intelligence et une autodérision constante.
L’humoriste enchaîne ensuite avec notre dépendance aux téléphones intelligents et aux réseaux sociaux. « Le réseau a ses raisons que la raison ne connaît pas », lance-t-il avec un clin d’œil à Pascal. Les selfies improvisés avec le public débutent ce numéro que l’humoriste nous offre avec énormément de générosité.

Ensuite, le corps reprend sa place. Dans un numéro de passage à la sécurité des aéroports ou, dans un autre, où la salmonelle entraîne un transit intestinal explosif, le corps se tord et mine l’inconfort soutenu par des jeux de mots complètement loufoques. Dany Boon est vraiment tordant. Un appel téléphonique à sa mère termine le spectacle sur cette idée que l’humour, l’autodérision surtout, sont essentiels pour survivre aux affres de l’existente. À cet égard, son amour de la langue française l’amène à nous rappeler Raymond Devos. Sans chercher à l’imiter, il partage avec lui ce goût de faire surgir le rire par les détours du langage.

Dany Boon résume lui-même son métier avec simplicité : on rit de ce que l’on vit, mais avec le recul. C’est précisément ce qui rend son humour si efficace. Derrière les mimiques irrésistibles et les pirouettes verbales, chacun reconnaît un peu de sa propre vie. Lorsque le spectacle se termine sur un chaleureux « Je vous aime », le public le lui rend bien. Après sept ans d’absence, Dany Boon démontre qu’il est toujours pleinement à sa place sur une scène.
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