Et jusqu’à la fin la beauté : entre énergie débordante et sensibilité désarmante

Par : Bruno Miguel Fernandes
Mercredi soir, le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts accueillait la première d’Et jusqu’à la fin la beauté, le nouveau spectacle de Louis-José Houde. Écrite sur une période de sept ans, cette nouvelle proposition s’inspire de son parcours de proche aidant auprès de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Un sujet délicat, qui aborde autant la perte d’autonomie que les petits moments de bonheur qui continuent d’exister malgré la maladie. Et si le sujet appelle parfois à la sensiblité, il n’empêche pas Louis-José de repartir de plus belle dans ces envolées énergiques qui font sa marque.
Devant une salle comble, la soirée débute sans première partie traditionnelle. Une pianiste prend plutôt place sur scène une dizaine de minutes, alors que les derniers spectateurs s’installent. Une introduction dont on comprendra davantage la portée au fil du spectacle.
Le quotidien, une histoire de rythme

J’ai toujours trouvé que l’une des grandes forces de Louis-José Houde était sa capacité à transformer les situations les plus ordinaires en véritables aventures humoristiques. Qu’il raconte les complications absurdes entourant le branchement d’une laveuse-sécheuse ou ces moments où la patience finit par prendre le bord, il trouve dans le quotidien une matière comique particulièrement efficace.
Mais au-delà des anecdotes, c’est surtout sa façon de les raconter qui impressionne. Pour l’avoir déjà vu sur scène, je retrouve chez lui cette musicalité qui caractérise son humour depuis ses débuts. Son passé de batteur n’est peut-être pas étranger à ce sens du rythme : ses phrases s’enchaînent, accélèrent, se bousculent, jusqu’à former de longues tirades où les blagues arrivent presque plus vite qu’on peut les assimiler.
Par moments, ses envolées me rappellent presque des solos de guitare, où l’énergie semble partir dans tous les sens sans jamais lui échapper. Il suffit alors d’une simple anecdote du quotidien pour qu’il nous entraîne dans un délire aussi démesuré qu’hilarant.
C’est là qu’on reconnaît toute l’expérience de l’humoriste. Son aisance sur scène est indéniable. Derrière ce débit parfois complètement déjanté se cache un artiste qui sait exactement quand accélérer, quand laisser une pause et comment ramener son public dans l’histoire. Le tout conserve pourtant cette impression de spontanéité, comme s’il nous racontait tout ça entre amis.
Sur une corde plus sensible

Mais Et jusqu’à la fin la beauté nous entraîne aussi dans une réalité beaucoup plus intime : celle d’un fils qui accompagne sa mère à travers les différentes étapes de la maladie. Louis-José Houde revient sur les premiers symptômes, les changements dans leur relation et les six déménagements de sa mère en trois ans, notamment en pleine pandémie. Il raconte aussi comment, peu à peu, les rôles s’inversent, alors qu’il devient celui sur qui sa mère doit désormais compter. Des gestes autrefois anodins prennent une tout autre importance, témoignant de cette relation qui se transforme au rythme de la maladie.C’est ici que son approche prend une autre dimension. Le débit ralentit, les silences trouvent davantage leur place et l’humour devient plus doux, sans disparaître. Là où les situations anodines provoquent des envolées presque étourdissantes, ces passages nous invitent plutôt à écouter. Il laisse les moments plus sensibles respirer, sans forcer la blague ni s’éloigner de ce qui fait sa couleur.
À travers cette expérience de proche aidant, le spectacle nous amène également à réfléchir aux réalités du réseau de la santé et à la dignité des personnes âgées. Un sujet qui m’interpelle particulièrement, travaillant moi-même dans ce milieu. Comme quoi, même au théâtre, mon chapeau d’intervenant n’est jamais bien loin!
Mais surtout, Louis-José Houde ne présente pas sa mère uniquement à travers ce qu’elle perd. Il nous fait découvrir une femme libre d’esprit, avec son caractère et son amour de la vie. On comprend aussi à quel point elle a été une source d’inspiration pour lui, jusqu’à contribuer à son envie de faire rire les autres. Derrière la maladie, c’est toute une personne qu’il cherche à nous faire connaître.
Cette volonté de faire ressortir la beauté, même dans les moments les plus difficiles, se reflète aussi dans le décor. Derrière lui, un tableau de Julie Charland, inspiré des Nymphéas de Monet, se transforme au fil du récit. J’ai eu l’impression que, dans les passages plus difficiles, notamment ceux entourant l’arrivée en résidence et les déménagements durant la pandémie, les nénuphars s’effaçaient presque complètement. Puis, à mesure qu’il s’accrochait aux souvenirs heureux et cherchait à retrouver le beau dans cette période éprouvante, les fleurs reprenaient graduellement leur place. Une évolution visuelle que j’ai trouvée particulièrement bien accordée à ce qu’il nous racontait.
La présence du piano en début de soirée prend également tout son sens lorsque lapianiste revient accompagner les derniers instants du spectacle. La musique, qui occupait une place importante dans la relation entre l’humoriste et sa mère, referme le récit avec une délicatesse bienvenue
Le beau mot de la fin

Au final, Et jusqu’à la fin la beauté m’a surtout rappelé à quel point Louis-José Houde est un conteur hors pair. Toujours aussi efficace lorsqu’il s’emballe sur les absurdités du quotidien, il sait aussi ralentir la cadence lorsque son récit demande davantage de retenue. C’est justement dans cette alternance entre les éclats de rire et les moments plus intimes que son humour prend ici une profondeur particulière, sans jamais perdre cette énergie et cette spontanéité qu’on lui connaît depuis toutes ces années. Une belle façon de nous rappeler que, même dans les épreuves les plus difficiles, il reste parfois de la beauté à trouver.
Après cette première médiatique montréalaise, Louis-José Houde poursuit sa tournée à travers le Québec.Pour connaître les prochaines dates de la tournée et ne rien manquer des nouvelles mises en vente, gardez un œil sur son site officiel!


