Une interprétation sublime pour un texte parfait

Par : Sylvie Tardif
Le 1er avril dernier, nous avons assisté à la représentation de la pièce Passion simple, adaptée du roman autobiographique d’Annie Ernaux, au Théâtre de 4’SOUS. Passion simple est une création de Sibyllines en coproduction avec le Théâtre de 4’SOUS et le Théâtre français du CNA. Catherine Vidal et Xavier Inchauspé qui codirigent le 4’Sous nous ont présenté cette dernière pièce de la saison en annonçant le dévoilement de la saison 2026-2027 à la fin avril. Restez à l’affût!
Passion simple raconte l’histoire d’une passion amoureuse vécue par une femme pour un homme marié, étranger, qu’elle attend. Son obsession pour lui meuble toutes ses pensées. Elle n’existe presque plus en dehors de cette histoire qui prend toute la place dans sa vie. Elle en tire sans doute de la joie, mais on ressent également son désarroi et sa souffrance. Le texte est magnifique, parfait. Annie Ernaux sait exprimer les replis de l’âme dans une économie de mots qui rend son écriture d’une grande beauté.

Passion simple est interprétée par Julie Le Breton dans une mise en scène de Brigitte Haentjens. Le décor est minimaliste. Pour recréer l’intimité du lieu où se déroule cette passion charnelle, et amoureuse, et représenter l’enfermement de cette obsession, un carré de bois dans lequel se tient debout ou assise, la comédienne en robe noire, élégante et raffinée. Un texte incarné avec simplicité. Il se suffit à lui-même. Parfois, un geste de douleur, une larme, la comédienne et la metteuse en scène ont opté pour la retenue. L’oeil du spectateur est parfois attiré par des images érotiques floues projetées derrière la comédienne, comme une toile, une suggestion du désir qui habite cette femme.

Julie Le Breton, seule en scène, pendant un peu plus d’une heure, nous livre le texte avec justesse et pudeur. Le choix de cette interprétation sobre convient parfaitement au texte, à la réflexion de cette femme sur son histoire passionnée pour cet homme qu’elle ne reverra jamais. On s’y reconnaît. Certains spectateurs se surprennent parfois à émettre le rire initié de ceux qui sont passés par là. Annie Ernaux nous parle de cette passion, mais également de l’écriture, du temps de l’écriture, de ce moment de l’introspection qui n’est plus celui du déroulement du récit. Brigitte Haentjens a su saisir cette subtilité du roman et l’interprétation de Julie Le Breton en est absolument sublime. Il faut lire et relire, voir et revoir.

Il faut aller voir Passion simple parce que nous nous reconnaissons tous dans cette femme qui, un jour, a aimé à en souffrir. Cette pièce est présentée au 4’SOUS jusqu’au 2 mai à guichet fermé, mais il reste quelques place au Centre national des arts à Ottawa pour la représentation du 8 mai. N’hésitez pas à visiter le site web du Théâtre de 4’SOUS pour vous procurer des billets pour la saison 2026-2027. Si la prochaine saison du théâtre est à la hauteur de celle que nous venons de vivre, nous serons comblés.
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