un magazine web axé sur la culture d’ici

Que notre joie demeure

Une chute vertigineuse qui remet tout en question

Crédit photo : Yves Renaud

Par : Sylvie Tardif

Le 19 mars dernier, la pièce Que notre joie demeure, du roman éponyme de Kev Lambert publié chez Héliotrope, une coproduction du Théâtre du Nouveau Monde et de La Messe basse, était présentée au TNM dans une adaptation et une mise en scène en de Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais.

La pièce commence par le cocktail anniversaire au champagne de Dina, superbement interprétée par Macha Limonchik, la meilleure amie de Céline Wachowski (Anne Dorval), architecte de renom, entourées de leurs amis dont les proches collaborateurs de Céline, Gabriella, Pierre-Moïse et Michel campés par Zoé Tremblay-Bianco, Iannicko N’Doua et Philippe Cousineau, tous très convaincants dans leur rôle respectif.

Crédit photo : Yves Renaud

À la fin de cette fête, Dina s’effondre en larmes, et ne cesse de répéter la litanie « que notre joie demeure. » Elle craint que le bonheur qu’elle partage avec ceux qu’elle aime lui échappe. Hommage à Soifs de Marie-Claire Blais, deux autres références éclairent la pièce d’entrée de jeu, celles de Gilles Deleuze et de Marc Séguin qui expriment que l’art et la beauté sont des actes de résistance.

L’argument de la pièce, c’est l’effondrement complet de Céline Wachowski qui trône jusqu’alors au sommet de sa carrière d’architecte, entourée de personnes puissantes, riches, influentes. Un compromis sur un projet qu’elle veut réaliser à Montréal, un article peu flatteur dans The New Yorker, des manifestants prêts à tout, des collaborateurs et amis qui flanchent, elle perd tout, absolument tout, jusqu’à l’affection de sa meilleure amie. Anne Dorval demeure la vedette incontestée de cette pièce mise en valeur par une distribution solide. Elle incarne son personnage avec justesse et aplomb. Sa colère lors d’un monologue sur la médiocrité de la société québécoise lui vaudra des applaudissements.
Crédit photo : Yves Renaud

Les magnifiques décors de Geneviève Lizotte et les costumes participent à notre compréhension d’un monde opulent et élégant dans lequel évolueront les personnages. Tout est remis en cause dans cette pièce, les idées de droite, comme celles de gauche. La pièce est intellectuelle d’abord et avant tout et les comédiens portent un texte qu’ils défendent avec verve. Plus intimement, la peur de perdre, la force de l’amitié, la loyauté dans l’adversité, la colère qui découle de l’injustice peu importe qui la ressent, les fragilités de l’enfance seront des rares moments d’émotion formidablement interprétés.

L’auteure engagée, Kev Lambert, aborde des sujets qui porte à réfléchir de la gentrification aux inégalités sociales en passant par la misogynie. Tout y passe sans concessions. On pourrait facilement détester Céline Wachowski. Pourtant, on admire sa réussite. On lui donne parfois tort, mais souvent raison. Il y a beaucoup d’humanité dans les personnages de Kev Lambert, c’est peut-être ce qui les sauve.

Crédit photo : Yves Renaud

Que notre joie demeure porte un discours social qui force à réfléchir. Cette pièce interprétée par des acteurs solides dont la splendide Anne Dorval sera présentée au TNM jusqu’au 19 avril. On ne sort par indemne d’une pièce qui remet tout en question, mais on demeure convaincu que l’art et la beauté résistent et nous sauvent malgré tout.

Vous pourriez aussi aimer lire :

Macbeth, au Théâtre du Nouveau Monde