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Héron aux Francos 2026 : une première festive

Henri Kinkead prouve que la musique folklorique peut être actuelle

Henri Kinkead surla scène des Francos
Photo officielle / Crédit photo Victor Diaz Lamich

Par : Myriam Bercier

Les lumières se sont tamisées. Du côté de la scène apparaissent les quatre musiciens de la soirée : Élisabeth Moquin au violon, Judith Little Daudelin au synthétiseur, Jérémie Essiambre à la batterie et Henri Kinkead, l’auteur-compositeur derrière le projet Héron. Sans s’adresser au public réuni dans la Cinquième salle de la Place des Arts dans le cadre des Francos, le finaliste des Francouvertes 2023 débute immédiatement avec Verger, suivi de Bras solaire et Je veux être une rivière.

La complicité entre les musiciens saute aux yeux. Pendant la pièce Bras solaire, qui est habituellement chantée en duo avec Kanen, Henri et Judith se regardent dans les yeux, tous sourires, pendant que Jérémie appose sa voix grave et rassurante, et que le violon d’Élisabeth vient ficeler le tout, comme un beau ruban autour d’un cadeau à Noël. Hirondelle propose également des harmonies recherchées et efficaces.

chanteur du projet Héron
Photo officielle / Crédit photo Victor Diaz Lamich

C’est après la troisième pièce que le chanteur s’adresse aux personnes réunies pour l’acclamer lors de cette première montréalaise. Il ponctue son concert d’anecdotes tantôt pertinentes, tantôt rigolotes, au grand plaisir des spectateurs. Lors de Bonaventure, Élisabeth se lève et se lance dans une gigue passionnée, sur une petite passerelle. Pendant Contredanse, Henri se lance dans une envolée de turlute, qu’il déclame comme un grand texte de théâtre classique, ses bras s’envolant, ponctuant ses phrases. Pendant ce temps, la violoniste l’accompagne en podorythmie.

Impossible de passer sous silence l’interprétation de la chanson Sycomore : interprétée uniquement par Henri et Judith, Jérémie et Élisabeth s’assoient en retrait. Le percussionniste sort un paquet de cigarettes de sa poche, en offre une à la musicienne, et tous deux commencent à produire des bulles, rajoutant à la magie de la pièce. La chanson Ruisseau, exécutée en demi-cercle entièrement en mode a cappella, est un autre beau moment de la soirée.

artiste Héron sur la scène
Photo officielle / Crédit photo Victor Diaz Lamich

Héron est un projet prometteur, sensible et différent. C’est le genre de groupe dont nous avons besoin dans le paysage musical québécois. Non seulement Héron revalorise les sonorités folkloriques, mais il les actualise également en les associant à des thématiques modernes. Par exemple, le morceau Champ-de-Mars est un « hommage aux gens […] qui ont dû prendre des risques incommensurables pour vivre leur vérité », explique le chanteur, avant d’interpréter cette chanson qui évoque l’histoire du parc montréalais du même nom, autrefois lieu de rencontres clandestines pour les hommes de la communauté gaie.

Bref, ce spectacle de lancement était festif à souhait. Porté par des musiciens complices et une proposition artistique singulière, Héron prouve qu’il est possible de faire dialoguer la musique traditionnelle et les préoccupations contemporaines. Une première montréalaise convaincante pour un projet qui mérite d’être suivi de près.