Le clash de la férocité et libération

Par : Bruno Miguel Fernandes
Après près de deux mois sans spectacle, j’avais placé la barre assez haute pour le passage de PRESIDENT au MTELUS hier soir dans le cadre du North Americain Campaing 2026, quelques jours après la sortie de Blood of Your Empire, premier album du groupe paru le 4 septembre.
La soirée commençait toutefois avec une petite déception : Cenobia, mystérieux projet australien anonyme et masqué proposant une vision atmosphérique du métal moderne, que j’avais particulièrement hâte de découvrir sur scène, s’est retiré de la tournée la semaine dernière.. Heureusement, Showing Teeth était toujours au rendez-vous et a rapidement éclipsé mes inquiétudes.
Sortir les crocs

Initialement lancé comme projet solo par Addison, chanteuse originaire des États-Unis qui garde une partie de son identité confidentielle, Showing Teeth n’a même pas un an d’existence officielle. Ça ne paraît pourtant pratiquement pas sur scène. Addison demeure le cœur du projet, accompagnée de Ben Solomon à la guitare, Jacob Umansky à la basse et Justin Wooman à la batterie.
Sa voix est clairement l’élément distinctif du projet. Elle passe de grognements gutturaux profonds à des fry screams aigus et hargneux qui rappellent parfois Knocked Loose, avant de revenir vers un chant clair, mélodique et rempli de douceur. Cette dualité se retrouve aussi dans sa présence scénique : elle peut dégager une chaleur presque innocente, puis replonger la salle dans une férocité colérique quelques secondes plus tard.
La batterie, complexe et souvent polyrythmique, soutient des guitares qui passent de riffs abrasifs à des mélodies accrocheuses inspirées du métal progressif. Les synthés et le piano enrichissent les passages plus clean et mélodieux. Umansky contribue aussi aux screams, laissant à Addison le temps de reprendre son souffle avant de repartir avec encore plus de mordant. La foule a rapidement embarqué, avec des vagues de bodysurfing de plus en plus nombreuses.
Le set mettait bien cette dualité en valeur. Bad Exchanges ouvre sans compromis, alors que Shallow Grave et Make It Out alternent cris et chant clair. Paradigm permet à Addison de mettre son registre mélodique de l’avant. Aspirate, toujours inédite, a aussi été une belle surprise avec son breakdown accéléré. J’ai déjà hâte de pouvoir la réécouter.
Pour un projet aussi jeune, la performance était franchement impressionnante. Je dirais même que j’ai davantage apprécié l’intensité des screams et la complexité musicale de Showing Teeth que celles de la tête d’affiche.
Mais je ne venais pas voir PRESIDENT pour les mêmes raisons.
Au-delà des comparaisons

Il y avait une belle cohérence dans le line-up : deux projets récents, une volonté d’anonymat et une ascension extrêmement rapide dans le métal moderne.
PRESIDENT a souvent été comparé à Sleep Token, et ce n’est pas complètement sorti de nulle part. Je serais malhonnête de dire que je n’entends pas l’influence de Sleep Token ou même Bad Omens dans ce mélange de métal, de textures pop et électroniques et de postproduction très soignée. Les masques et l’anonymat alimentent encore plus la comparaison. Mais avec King of Terrors, puis surtout Blood of Your Empire, PRESIDENT m’a convaincu qu’il avait suffisamment de personnalité pour dépasser tout ça.
C’est la voix qui m’intriguait le plus. Sur album, les différentes couches donnent parfois l’impression d’un dialogue entre les registres graves et aigus de The President et une voix plus naturelle, auxquels viennent s’ajouter échos, filtres et screams plus bruts. Je me demandais comment tout ça allait se traduire sans dépendre excessivement d’un backtrack.
Sur scène, sa voix demeure immédiatement identifiable, mais gagne en clarté et en naturel. Les effets sont moins présents, les screams ressortent davantage et les chansons prennent une couleur légèrement différente sans perdre leur identité.

The President, au chant, adopte une présence contrôlée plutôt qu’explosive. Il se déplace sur scène, mais revient régulièrement près d’un petit lutrin, prenant par moments la posture d’un homme en plein sermon. Les rares échanges avec la foule passent par des enregistrements, renforçant le côté théâtral. Autour de lui, Heist à la guitare et Protest à la basse reproduisent avec précision les mélodies du disque, tandis que Vice combine batterie acoustique et éléments électroniques.
Conclave gagne beaucoup avec ses synthés planants et sa finale instrumentale prolongée, tandis que la reprise de Change (In the House of Flies) de Deftones s’intègre naturellement à leur univers. La soirée se termine avec In the Name of the Father, leur tout premier single, celui qui a lancé le projet et qui avait déjà frappé fort dès le départ.
Le plaisir de chanter pour mieux respirer
C’est probablement là que PRESIDENT m’a le plus rejoint.
Les textes tournent souvent autour de la perte de foi, du pouvoir et de la quête de sens. Ajoutez des refrains accrocheurs, faits pour être criés en chœur avant de replonger dans le moshpit, et l’expérience devient franchement libératrice.
Après plusieurs mois à écouter ces chansons, ça faisait longtemps qu’un spectacle ne m’avait pas fait autant de bien simplement par le plaisir de chanter.
Showing Teeth m’a probablement le plus impressionné. PRESIDENT, lui, m’a offert quelque chose de plus libérateur, un spectacle qui m’a franchement fait du bien.
Si vous ne connaissez PRESIDENT qu’à travers le buzz, les masques ou les comparaisons à Sleep Token, je vous encourage à explorer King of Terrors et Blood of Your Empire. Et tant qu’à y être, retenez aussi le nom Showing Teeth.
Après hier soir, quelque chose me dit qu’on n’a pas fini d’entendre parler des deux.
Vous pourriez aussi aimer lire :


