Une soirée inspirée par la bienveillance

Par : Sylvie Tardif
Animé par Jason Roy Léveillé qui en était à sa toute première animation, fort réussie; le Gala de la 41e édition des prix Gémeaux avait lieu ce dimanche 13 septembre en direct de la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Les prix Gémeaux présentent au public et à l’industrie ce que les membres de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision ont sélectionné comme étant le meilleur diffusé sur nos écrans. Cette célébration de la télévision a permis de remettre 104 trophées dont 17 prix lors de la télédiffusion du Gala sur les ondes de Radio-Canada.

D’après mes calculs, la série télévisuelle Empathie, produite par Trio Orange, a remporté 14 prix Gémeaux. Il s’agit du record du plus grand nombre de prix Gémeaux récoltés par une même production lors d’une seule édition. Le précédent record avait été établi par l’émission Les Filles de Caleb qui avait obtenu 13 trophées. 19-2 avait égalé ce total en 2011. Si vous n’avez toujours pas vu Empathie, il faut absolument regarder cette série qui entamera sa deuxième saison en 2027. C’est de la très grande télévision.

Il ressort de cette édition des prix Gémeaux que la bienveillance est au cœur des préoccupations des créateurs et que ces valeurs sont appréciées des spectateurs. Le Gala présenté en soirée a commencé par la remise du prix pour la meilleure émission ou série dans la catégorie entrevue et talk-show remporté par Facteur A, émission de 6 épisodes qui met en scène des célébrités questionnées, comme lors d’une entrevue, par un groupe de vingt-cinq personnes autistes. Mettre la neurodivergence à l’écran, c’est, il me semble, un excellent indice de notre ouverture à l’autre. Le prix Gémeaux du Public – Fonds Cogeco pour l’émission coup de cœur de l’année remporté par Empathie va également dans ce sens.
Si les artisans et les acteurs d’Empathie ont remporté plusieurs prix lors du Gala télédiffusé, France Beaudoin a su tirer son épingle du jeu avec 3 prix remportés dans la catégorie Meilleure animation : documentaire ou affaires publiques pour J’ai souvenir encore (Pamplemousse Média); dans la catégorie Meilleure animation : magazine culturel, entrevue ou talk-show pour la 8e saison de Pour Emporter (Pamplemousse Média); et dans la catégorie Meilleure animation : variétés ou arts de la scène pour la 17e saison de En direct de l’univers (EDU Productions).

En entrevue, France Beaudoin nous a confié réussir parce qu’elle est entourée de gens passionnés. Nous lui avons demandé si elle portait l’un de ses Gémeaux davantage dans son cœur. France Beaudoin nous a répondu que toutes ses réalisations signifiaient quelque chose de différent et d’important pour elle. Faire des entrevues d’une heure était un défi; de durer pendant 18 ans à la barre de En direct de l’univers, c’était un autre défi. Quant à J’ai souvenir encore, cette émission a une autre connotation puisqu’il s’agit d’un vécu personnel qui a touché sa famille. Chacun de ses projets a sa propre couleur. Attentive et réfléchie, France Beaudoin est toujours pertinente et elle le sera encore longtemps.
Les entrevues avec Brigitte Lafleur et Benoit Brière ont révélé leur joie et leur émotion des prix Gémeaux remportés. Comme l’a si bien dit Brigitte Lafleur alors qu’elle allait chercher son prix sur la scène, il s’agit de son premier Gémeaux alors qu’elle fait ce métier depuis plusieurs années. Pourtant, ce qui ressort encore plus de leurs entrevues, c’est le bonheur d’avoir participé à un projet télévisuel ambitieux, original, dont ils sont fiers. J’avais adoré Brigitte Lafleur alors qu’elle jouait dans La Galère diffusée entre 2007 et 2013. Le personnage de Madame Moisan dans Empathie, c’est un autre niveau d’intensité, d’émotions brutes.

Nous lui avons demandé, en entrevue, comment elle avait abordé un personnage aussi difficile. Brigitte Lafleur nous a répondu que le scénario de Florence Longpré (lauréate des prix Gémeaux pour la meilleure série dramatique, pour le meilleur scénario : série dramatique, pour la meilleure interprète féminine – premier rôle : série dramatique) lui avait facilité la tâche. L’actrice s’est dit appuyée et portée par les mots. Elle a ajouté que la confiance accordée par le réalisateur qui a adhéré à sa proposition de jeu lui a donné une direction. Le personnage de Madame Moisan étant explosif, nous avons voulu savoir s’il ne fait pas peur alors d’aller trop loin, de perdre en crédibilité dans cette intensité folle. L’actrice nous a répondu que Guillaume Lonergan est un grand réalisateur qui savait exactement comment la diriger. Elle se sentait en sécurité. Son personnage n’étant plus, Brigitte Lafleur se souhaite, pour l’avenir, d’être encore bousculée par un rôle, d’être elle-même étonnée de ce qu’on pourrait lui proposer.

Benoit Brière nous a parlé du jeu de ce personnage qui commence la série en dehors de la réalité. « Ce cadeau du ciel », Benoit Brière l’a abordé tout en intelligence. « On raconte des vraies affaires », nous a-t-il dit en indiquant que le scénario a été révisé par des psychiatres. Le comédien a essayé de comprendre ce qui se passait dans la tête d’une personne qui n’a aucun focus dû aux médicaments qu’il prend. Il a ajusté son jeu en conséquence. Il a eu la chance de jouer son personnage à peu près de façon chronologique, ce qui a aidé à garder une nuance dans la progression de ce retour vers la réalité. En recevant le scénario d’ailleurs, à la première lecture, il braillait comme un enfant. L’acteur savait qu’il tenait quelque chose. D’ailleurs, Benoit Brière a lu les textes de la deuxième saison et il nous a confié ainsi ses réactions : « Comme là, c’est arrivé. J’ai reçu encore une fois les 475 pages. J’ai lu le premier épisode (de la deuxième saison) et à un moment donné, il a fallu que je me lève dans le salon pour faire je ne peux pas croire… Je ne peux pas croire ce qui arrive là. Tu rembarques. Je te le dis là et j’ai des frissons. » Ça promet, n’est-ce pas!
La direction de Guillaume Lonergan (lauréat du prix de la meilleure réalisation : série dramatique pour Empathie (Trio Orange) était très nuancée, intelligente, très sensible nous ont répété ses acteurs. En entrevue, Guillaume Lonergan nous a parlé de ce travail de réalisation qui est de mettre au jour une vision, comme s’il avait tourné un long film de 7 heures. Nous lui avons demandé s’il n’était pas audacieux de présenter une série avec des ballerines comme allégorie. Il a répondu avoir adhéré à la partie poétique de l’écriture de Florence Longpré. Ils ont eu le soutien d’un chorégraphe. Ils ont intégré la danse classique peu à peu et ils ont senti que ça passait. En travaillant avec confiance, il savait qu’il aurait pu proposer de renoncer à cet élément s’il avait senti que cela manquait de pertinence. Il convient de noter que Guillaume Lonergan est également le réalisateur de la série Vitrerie Joyal dont nous entendrons certainement beaucoup parler lors de la 42e édition des prix Gémeaux.

Enfin, nous avons pu nous entretenir avec Benoit McGinnis, lauréat du prix Gémeaux pour le Meilleur interprète masculin – Premier Rôle : comédie ou comédie dramatique pour son rôle dans la saison 2 de l’émission Le retour d’Anna Brodeur (Sphère Média) qui, après 25 ans de métier, s’adonne à tout plein de projets dont la direction artistique du Théâtre du Rideau Vert en plus de ses rôles au théâtre et à la télévision. L’homme est tellement talentueux. Benoit McGinnis se dit choyé d’avoir reçu ce prix qui reconnaît son travail à la télévision, lui qui vient davantage du théâtre. Il est touché de cette reconnaissance. Il faut d’ailleurs aller le voir dans la pièce Cyrano qui ouvre la saison du Théâtre du Rideau Vert.

Émile Proulx-Cloutier, lauréat du Prix Gémeaux pour le Meilleur interprète masculin – Premier rôle : série dramatique pour son rôle dans la 3e saison de la série Avant le crash (Les productions Sovimage), nous disait en entrevue : « Ça été du travail de chaque seconde faire ce personnage-là. Ç’a été un plaisir et en même temps un défi parce que son énergie, son rythme sont contraires un peu au mien. En même temps, il fallait qu’il y ait une blessure apparente, il fallait que ce soit perçu comme une part de nous-mêmes. On a tous un petit François caché en nous. Pour un acteur, c’est un cadeau. C’est le privilège de la fiction qui protège. » Le talent, c’est l’envie de faire quelque chose comme le disait Jacques Brel cite le comédien et chanteur qui a beaucoup de désirs. Sortent en mars 2027, la 4e saison de Bête noire à laquelle Émile Proulx-Cloutier participe ainsi que le film Devenir un monstre, un drame psychologique québécois réalisé par Charles-Olivier Michaud. La tournée musicale se poursuit ainsi que le projet intitulé Pas perdus, un spectacle créé avec Anaïs Barbeau-Lavalette qui sera présenté au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts du 15 au 18 octobre. Il faut aller voir ça. Il reste des billets que vous pouvez vous procurer ici.
On fait de la vraie bonne télé au Québec. Soyons fiers de nos artisans, de nos créateurs et de nos acteurs. Et, surtout, regardons fièrement nos émissions faites ici, pour nous. Elles s’exportent, obtiennent une belle reconnaissance à l’étranger et elles n’ont rien à envier aux séries américaines ou françaises. Ce soir, il y aura la remise des prix Emmy qui récompensent la télévision américaine. Ce soir, je vais probablement bouder la télévision américaine pour toute sorte de raisons. Je vais plutôt réécouter quelques épisodes des séries Empathie ou Avant le crash et célébrer la culture d’ici. Félicitations encore une fois à tous les nominés et à tous les gagnants de la 41e édition des prix Gémeaux. Vous faites un travail qui nous fait rêver!


