Les regards poétiques de Marie-Julie et Anaïs nous émerveillent

Par : Sylvie Tardif
La Symphonie du vivant, un film réalisé par Marie-Julie Dallaire, a été présenté le 1er novembre dernier, en première mondiale, à la Maison symphonique de la Place des Arts alors que l’Orchestre métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin interprétait, en direct pendant la projection, la musique du film composée par Anaïs Larocque. Symphonie du vivant est une ode cinématographique et musicale à la beauté de la vie. L’idée initiale origine de l’explorateur Mario Cyr, qui signe de magnifiques images sous-marines.
Comme nous l’expliquait la réalisatrice Marie-Julie Dallaire à la suite de la projection, le projet s’est articulé par une série d’allers-retours tel un match de ping pong entre les images de la réalisatrice transmises à la jeune compositrice Anaïs Larocque qui devait ensuite évoquer en notes la poésie et l’émotion de la nature, des animaux, des insectes, de la mer ou du vent. Lorsque la scène était moins longue que la musique ou l’inverse, la réalisatrice et la compositrice s’adaptaient au travail l’une de l’autre. Le résultat nous offre un film fabuleux sans narration humaine, que la musique comme langage par lequel la transmission des émotions est inégalées. Les orchestrations de la musique d’Anaïs Larocque sont de François Vallières.

Marie-Julie Dallaire nous confiait également que le mouvement représente le point d’ancrage des deux arts qui y trouvent leur fondement. Certes, le cinéma est cet art du mouvement, celui de la musique aussi. C’est peut-être sur ce partage d’une conception du mouvement que les deux artistes ont pu se comprendre facilement et nous proposer un film absolument extraordinaire de beauté. Les grandes lignes qui les ont guidées : l’idée que les animaux sont dotés d’une conscience et d’une large gamme d’émotions.
Murmures, puisqu’il s’agit du titre de l’oeuvre cinématographique, est un film qui invite à observer les animaux autrement. Seule la trame sonore orchestrale et chorale fait office de narration. La voix musicale devient le médium d’interprétation des émotions mises en scène par les animaux dans leur habitat naturel. Si le film commence sur des vues aériennes des Fous de Bassan en vol au-dessus de la mer, l’allegro de la musique reproduit la puissance des vagues et l’agitation de la nuée d’oiseaux où les derniers nés sont déjà bien costauds et s’apprêtent à apprendre à voler de leurs propres ailes. On ne peut qu’être éblouis.
Le film honore l’optimisme et la vie. La musique nous donne l’élan de joie et de vie qui vient avec la beauté des êtres vivants qui n’ont besoin d’aucun artifice pour être profondément touchants. Il convient de noter le travail magnifique du chef Yannick Nézet-Séguin pour interpréter la partition en synchronie avec le film, laissant parfois percer les sons de la nature, les hurlements des loups-marins (phoques) auxquels l’orchestre répond de sa voix, transmet l’émotion en soutien aux images. Mouvement du cinéma et de la musique! Pour votre information, dans la trame sonore du film, l’OM est dirigé par Simon Rivard.

La musique accompagne toute l’énergie déployée par une fourmi pour fuir la toile tendue par une araignée en emportant une proie ou peut-être en délivrant une congénère qui y perdait la vie. Tant l’ours polaire que le renard et les oiseaux, les chevaux sauvages ou les chevreuils (cerfs de Virginie), il y a surtout la vie qui se déploie. En fait, j’ai eu un peu peur que les caribous n’arrivent pas à traverser un cours d’eau alors qu’ils nageaient péniblement dans un fort contre-courant.
La nature est forte et fragile à la fois. La musique est douce et puissante à la fois. Ce chemin vu en plongée de cervidés, des caribous, qui traversent un paysage enneigé offre une photographie exceptionnelle, de même que les ombres gigantesques d’originaux dans un paysage d’automne ou encore ces bélugas et leur bébé. Autant d’images émouvantes qui célèbrent la vie et les beautés de la nature. Même les bœufs musqués qui se cognent la tête aux sons des tambours en deviennent émouvants. On sent que le coup de tête est solide! Les coups de tambour le sont!

Les humains sont absents, sinon que par quelques voies humaines chantées, l’instrument premier, celui qui donne des frissons. Puis, il y a quelques secondes en finale du film où on devine davantage qu’on voit quelques humains, vus de très haut, images capturées par des drones. On reconnaît notre espèce qui profite de l’été sur une plage, on devine alors leur joie à leurs éclats de rire, et on prend conscience qu’on fait aussi partie de la nature célébrée par le film Murmures.
Ce film de Marie-Julie Dallaire intitulé Murmures sera présenté officiellement en première à Cinemania le 12 novembre. Il sortira au cinéma le 13 novembre partout au Québec. Il faut aller le voir que vous soyez des amoureux de la nature ou non. Les images fabuleuses nous permettent de voir la nature de très près ou de très haut, comme on ne la voit jamais. Ce film est soutenu par une musique qui rend parfaitement la poésie de la nature qui nous entoure et qu’on ignore trop souvent alors que sa beauté est consolatrice et mérite d’être protégée. Allez voir ce film! Ce n’est pas un documentaire animalier parce qu’il n’y a pas de narration, mais a-t-on vraiment besoin de mots pour comprendre?


