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Black Country New Road, sur la route du génie anglais

Le théâtre n’a qu’à bien se tenir

Photo : BCNR

Par : Marin Agnoux

Un an après leur dernier album et un lapsus plutôt étonnant sur leur affiche « North America and Canada Tour », Black Country New Road ouvre leur nouvelle tournée au MTELUS de Montréal.

Accompagné des trois musiciennes de Horsegirl comme première partie, la soirée s’ouvre dans une feutrine tissée de douceur. Les filles venues de Chicago s’accordent sur un rock indie joliment inspiré du renouveau kraut des années 2000, un Stereolab miniature (basse, guitare, batterie et parfois une nappe d’un accord au synthé), timide, relevé par les voix harmonisées sur les boucles entêtantes. La salle, encore à peine remplie à cette heure, on pourrait croire assister à un concert privé dans une petite salle montréalaise.

Quelques temps après, toujours très à l’heure, Black Country New Road continue la soirée. Cette fois-ci, la salle est un peu plus dure à traverser. L’attente pour tous ceux qui les avaient ratés au National il y a quelques années est plus que palpable. Depuis le départ d’Isaac Wood après Ants From Up There, BCNR n’a fait que cultiver son identité, dans une théâtralité assumée — parfois un peu « dramatique » — avec Forever Howlong, on touche la ligne entre comédie musicale et opéra. Une ligne sous-tirée d’une éducation classique plus qu’affirmée, qui n’est pas souvent commune aux productions populaires, ils n’ont plus rien à envier à leur ancienne formation.

Photo : BCNR

Maintenant leader à trois voix, la composition et les influences se promènent entre les morceaux bien ficelés, les notes parfois très anglaises entre Morrissey pour les vocalises et Elton John pour le côté spectaculaire, BCNR ne se cramponne à rien en termes de genre, sûrement une des chances d’être devenu un collectif en mouvement constant. D’ailleurs, tous multi-instrumentistes, ils jouent sur les structures parfois techniques de leurs compositions — Two Horses, For The Old Country — faites au gré des émotions, toujours nouées d’un jeu subtil de dissonance et d’harmonie qui laisse souvent une sensation assez dérangeante d’un nœud sur lequel on tire pour desserrer.

Personne n’a de place bien attitrée, il est tout de même rare de voir un batteur sortir un banjo, tandis qu’une clarinette et une mandoline subjuguent le regard du public qui en oublie même la basse jouée à l’archet, devenue un instant une banalité. Je ne pensais pas voire un jour jouer de mes propres yeux certains de ces instruments qu’on n’apercevait bien souvent seulement dans les livres médiévaux féeriques et les contes de princes et princesses (qui est capable de se vanter d’harmoniser cinq flûtes à bec sur une voix et un accordéon).

Photo : BCNR

Pourtant, la chaleur bienveillante de chaque trait mélodique digne d’une pièce de théâtre soulève une nouvelle passion étonnante chez chacun de nous. BCNR flirte tendrement avec cet art de la scène entre mise en scène, spectacle vivant et musique — Nancy Tries To Take The Night, Besties — le dialogue entre les musiciens fait preuve d’une grande sagesse, l’on s’écoute, l’on se regarde et patiente pour laisser l’espace que mérite chacun.

Cette admiration immense transpirant sur scène qu’ont tous les uns pour les autres est marqueur du départ d’Isaac Wood. Maintenant séparés de la formation plus traditionnelle de « groupe », la libération des normes formelles n’est qu’à leur avantage. Black Country New Road joue de ce rock parfois presque psychédélique ou juste pop des années 1970, qui crie et s’esclaffe dans l’exagération et la démesure dramaturgique qu’on ne cesse de redemander.

Sorti de là, Montréal devient la scène d’une œuvre de la commedia dell’arte.