Une pièce à voir et à revoir!

Par : Sylvie Tardif
La pièce Classique(s), écrite par Fanny Britt et Mani Soleymanlou, est présentée au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 10 avril 2025. Cette œuvre explore, entre autres, l’intérêt et la pertinence des textes classiques encore aujourd’hui. Il reste quelques billets au moment d’écrire ces lignes, courez-y. J’ai adoré du début à la fin. C’est intelligent, drôle, émouvant.

Avec huit comédiens en scène et trois musiciens qui participent pleinement à l’œuvre, le talent est à l’honneur. Louise Cardinal, Martin Drainville, Kathleen Fortin, Julie Le Breton, Jean-Moïse Martin, Benoit McGinnis, Madeleine Sarr, Mani Soleymanlou et les musiciens Alexis Elina (piano), Mélanie Bélair (violon), Annie Gadbois (violoncelle) franchissent le quatrième mur. Ils nous questionnent. Qu’est-ce qu’un classique? Quelle est la valeur d’un billet de théâtre?

Pour répondre aux préoccupations soulevées, les comédiens se relancent les uns et les autres. Ils jouent des extraits de pièces classiques qui illustrent leurs propos. La rupture de ton est fréquemment utilisée dans Classique(s). Le spectateur doit rester alerte pour suivre le flot d’idées et pour savourer pleinement le texte ou le jeu mis en scène.

Kathleen Fortin et Benoit McGinnis chantent pour notre plus grand plaisir. Madeleine Sarr devient une Antigone convaincante. On est d’accord avec elle. Il faut offrir des funérailles respectables à ce frère bien-aimé. Julie Le Breton et Louise Cardinal m’ont profondément émue. Ils sont tous extraordinaires. Les extraits musicaux ne sont pas en reste, ils soutiennent pleinement le propos.
Qu’on connaisse ou non Bérénice ou Albertine, en cinq temps, les textes nous touchent et la magie opère. Le texte est magnifiquement joué par les comédiens. On en reprendrait encore. Si ces mots nous bouleversent autant, c’est qu’ils sont toujours d’actualité. C’est exactement ça, un classique! Le classique est un référent culturel qui fait écho encore aujourd’hui. L’humanité n’a pas tellement changé. On se reconnaît dans Médée ou Hamlet.

Les comédiens seront amenés à faire le procès de l’Humanité. Dans cette scène, le juge est interprété par Martin Drainville alors que les procureurs Julie Le Breton et Jean-Moïse Martin feront témoigner l’Indignation (Louise Cardinal) et le Cynisme (Benoit McGinnis). Ils sont drôles et tristes à la fois. L’Humanité ne va pas fort.
La pièce se termine sur un autre procès, celui de la culture du divertissement. S’il y a des aspects absurdes et drôles à la scénette, les comédiens finissent par ne plus jouer vraiment. Le cœur n’y est plus. La mise en scène de Mani Soleymanlou est solide. Pour cet extrait, il fallait être fort pour créer un moment qui passe subtilement de l’harmonie du jeu à un chaos tout autant parfaitement joué par les comédiens et les musiciens.
Classique(s) nous parle à mots couverts du monde dans lequel on vit. Oncle Vania de Tchekhov est interprété d’une seule voix en finale. « Tu n’as pas connu la joie dans ta vie. Mais attends un peu, mon oncle. On se reposera. On se reposera. » En attendant, la pièce nous exhorte à vivre et à agir dans une humanité en danger.

Cette pièce est une création Orange Noyée en coproduction avec le TNM et le Théâtre français du CNA en codiffusion avec Le Diamant. Pour voir le programme des oeuvres présentées par le TNM et pour y acheter des billets, n’hésitez pas à visiter leur site web. Il faut absolument voir cette pièce.