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Gary Numan, le héros d’une dystopie à Montréal

Dramatique, théâtrale, fantastique… L’ère du futur.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Par : Marin Agnoux

Gary Numan, déchaîne son corps sous les lumières frénétiques. Accommodé d’une tenue beige presque terreuse, les bras enrobés de rubans noirs serrés et les yeux bleus perçants soulignés de maquillage noir imprécis, l’univers se dilate sous ses chants pionniers de la New Wave et de la musique électronique.
Comment on en est arrivé là ? Où commencer ? Que raconter ?

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Plongé dans le noir le temps d’une brise, le MTELUS est silencieux. Des faisceaux de lumière blanche et violette éclairent les premiers pas des artistes au travers de la salle assombrie et de la foule à la voix portante. Deux grands hommes vêtus de robes noires, la tête scindée par un trait de la même couleur, obnubilent l’attention, guitare et basse entre les mains, une présence charismatique terrifiante se dégage de ces allures de mages noirs. Juste derrière, quelque peu discret, le claviériste (dont on apprendra plus tard qu’il fête alors son 700ème concert auprès de Gary) et le batteur, se laissent porter par l’ombre de leurs instruments. Gary Numan, héros de sa dystopie futuriste, s’avance fier et confiant.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Chacun prend place pour le bon déroulement du film. Dans les années 80 la musique et le cinéma change, en partie grâce à l’arrivée des synthétiseurs, on imaginait tout plein d’histoires futuristes, Mad Max, Star Trek, Tron… toutes plus tirées par les cheveux les unes que les autres. On s’était donc aussi lancés à la quête du Graal, le son du futur. Gary Numan l’a trouvé. Le son fantastique tiré des univers perdus aux confins de l’espace, celui qu’on imagine joué dans le désert de planètes arides détruites par l’exploitation humaine, ou même sur le vaisseau de corsaires volants. Aux prémices de la New Wave, Gary expérimentait déjà les premiers synthés et l’histoire de son monde s’est créée autour, aujourd’hui entre formes électroniques et rock industriel, son histoire n’a cessé de se renforcer.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Les batteries métalliques frappent le temps au marteau de fer, un son créé de toutes pièces entre bidons rouillés et barres d’acier, dessine la mesure. Au premier rang, la guitare et la basse coordonnent à la perfection et harmonisent le tout dans un son rond d’une droiture irréprochable, pas une fréquence qui dépasse, pas une note qui dérange. C’est le synthé qui se distord, se tord et finit toujours par se stabiliser dans ses mélodies simples et spectaculaires, qu’on aimerait tous reproduire. Ces synthés symboliques, porteurs d’une ère entière de musique, la marque de fabrique iconique de Gary Numan depuis les premiers projets aux côtés de Tubeway Army n’ont cessé d’inspirer jusqu’à aujourd’hui et continuent de résonner dans toute sa musique.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Gary, lui, est partout à la fois, impossible à suivre des yeux, nos oreilles se penchent sur son chant si particulier dont il est le seul à connaître le secret. Son esthétique d’un théâtre gothique absorbe nos pensées et laisse le public dans une introspection excentrique déstabilisante.
La musique prend le temps de s’arrêter un instant et laisse la parole à Gary Numan qui invite sa fille, Raven, le temps d’interpréter In This Twilight, une de ses compositions auprès de son père. Un moment intime par lequel on se laisse agréablement surprendre.
Tout le long de cette grande histoire fantastique, M.E, Cars, Are “Friends” Electric ?, Down in The Park, Splinter ponctuent les chapitres de 50 ans de carrière.

Crédit Photo : Martin Postel-Vinay / Mattv

Arrivé au bout, il est difficile de ressortir de ce monde alternatif dans lequel on s’est projeté pendant une soirée. Forcés de revenir à la réalité, on aimerait rester emportés par les fantaisies futuristes contées par Gary et le groupe ce soir-là. Une petite partie de ce périple restera ancrée au maquillage noir dans notre esprit jusqu’au bout de notre rêve de conquête spatiale.